Page 53 - La pratique spirituelle
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J’ai quitté un peu le monde et j’ai du mal à y revenir. Je n’agis   conscient de la souffrance est en dehors de la souffrance. En
 pour aucune cause, ni pour faire quoi que ce soit d’autre que ma   explorant le connaisseur de la souffrance, l’accent n’est plus
 recherche spirituelle.  maintenu sur l’objet, mais se tourne vers ce qui le transcende.
 Un remaniement des priorités est inévitable, lorsque le
 désir de réalisation supplante les autres objets de désir.  Je me vois aussi très centré sur ma personne, sans trop rien faire
            pour les autres. Je me sens un peu coupable de ça, sans avoir le
 Tout cela est doublé de moments d’abattement et de décourage-  pouvoir de changer.
 ment quant à la vie professionnelle. Je n’arrive pas à mettre en   Le moi n’est qu’un objet d’attention transitoire. Lorsque
 place des  projets pour l’instant...  l’attention se tourne vers cela qui est attentif, l’objet d’atten-
 Le fruit qui n’est pas mûr ne tombe pas.  tion disparaît. Ne reste que la lumière qui l’éclaire.

 Je vis, pour l’instant, d’une pension d’invalidité pour avoir une   J’ai l’habitude de chercher toujours quelque chose qui ne va pas,
 stabilité financière, sous le prétexte d’une séropositivité depuis   de vouloir que ce soit mieux. Cela crée une insatisfaction. Au
 25 ans, qui ne me pose aucun souci, puisque médicamenté et en   final, tout cela est très fatiguant.
 pleine forme. Et connais un état dépressif chronique, qui existe   Le moi se fatigue des problèmes qu’il crée lui-même. Il
 de moins en moins, voire seulement une couleur dépressive.  reste fixé sur eux, oubliant qu’il en est lui-même le créateur.
 Il est normal que le moi se déprime lorsqu’il n’est plus l’ob-  Que pouvez-vous dire de tout cela, Jean-Marc ?
 jet prépondérant d’attention.
               Finalement, toutes ces errances sont nécessaires, et même
            indispensables. C’est ainsi que le Soi explore tout ce qu’il n’est
 Je désire vivre tranquillement, partir en Inde et pouvoir médi-  pas. En se libérant des identifications erronées, il se réintègre
 ter à ma guise. J’ai 53 ans. Ne faut-il pas d’abord vider la coupe   lui-même, et réalise sa liberté propre. Cela ne signifie pas que la
 des blessures d’enfance et des pollutions mentales, encore et   manifestation soit reniée. Elle est simplement remise en pers-
 encore, pour laisser place au Soi ?  pective, comme expression du Soi, et non comme sa source.
 Le Soi est toujours présent. C’est lui le guérisseur qui
 soigne les blessures d’enfance. Il est un témoin silencieux et   *
 bienveillant, qui organise et harmonise la manifestation. Se   *  *
 donner à lui, c’est abdiquer la prétention du moi à pouvoir se   Une seule goutte de sirop suffit à troubler la transparence de
 soigner lui-même.  l’eau pure et à en masquer le goût. Cela vous paraît-il entière-
            ment transférable en ce qui concerne la quête du Soi ?
 Et que faire pour pouvoir y arriver efficacement, intelligem-  La goutte de sirop ne masque l’eau pure que pour celui
 ment, sans se mentir, ni fuir ?  qui n’en connaît pas le goût. Pour celui qui connaît, par expé-
 L’écoute est guérisseuse. Elle objective les souffrances,   rience, son goût, rien ne peut le masquer. Il sera toujours
 sans les nourrir. La souffrance est une réaction. Ce qui est   reconnu, en arrière-plan de la manifestation.




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