Page 58 - La pratique spirituelle
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La sagesse est éternelle, et survit à la disparition de ceux et ni rien de mental, peut prier de tout son cœur pour disparaitre
celles qui l’incarnent. À travers leurs formes, c’est la sagesse dans la conscience ?
elle-même qui est priée et est l’objet de la dévotion. Lorsque Dans la prière de dissolution, les pensées, l’attention, et
la demande est totale, sincère et sans réserve, la sagesse ne donc l’énergie, sont tournées vers le Soi, et disparaissent en
manque pas d’y répondre, en remplissant le vide laissé par la lui. C’est le propre de la pensée d’être un fil conducteur qui,
dissolution des croyances. Elle vous enseigne qu’elle n’est pas remonté à l’envers, ramène à la non-pensée. Le sacrifice est
séparée de vous, étant la vraie nature de vous-même, par-delà ce mouvement de résorption, dans lequel la forme réintègre
l’apparence de votre corps et de votre mental. Elle n’aura de le sans-forme, pour vivre la quintessence de la béatitude.
cesse de vous solliciter, tant que perdurera une distance, aussi Paradoxalement, c’est en mourant à elle-même qu’elle renaît à
minime soit-elle, entre vous et elle. Son seul objectif, si tant elle-même, dans sa nature essentielle. L’expérimentateur relatif
est que l’on puisse utiliser une telle formulation, est que vous disparaît ainsi au profit de l’expérimentateur absolu, qui n’est
soyez elle. rien d’autre que l’absolu lui-même.
* En ce qui concerne les pensées tournées vers le Soi, doivent-elles
* * exprimer un souhait, une prière ou autre chose ?
Je suis, ces jours-ci, sous l’emprise d’un ego démesuré, qui assom- Lorsque la pensée se tourne vers la non-pensée, elle s’éteint
brit le mental et torture le corps. en elle. Deux morceaux de sucre qui se rencontrent peuvent se
Aussi grand que soit l’ego, il n’est qu’un objet dans la cogner. Un sucre plongé dans l’eau s’y dissout.
lumière du Soi. Si le ciel vient à s’identifier à une boîte d’al-
lumettes, il expérimentera tout d’abord l’enfermement et Dans le cas d’émotions fortes, comme la terreur, il est très diffi-
l’étouffement, avant de faire sauter les barrières limitatives, et cile, voire impossible de prendre du recul. Est-il possible dans ce
de réintégrer son immensité oubliée. cas d’utiliser la prière pour calmer le mental ?
Oui, bien sûr, pourquoi pas. Il s’agit d’une pratique duelle,
Le désir intense de se libérer de l’emprise mortifère d’un mental qui contient une demande d’un moi envers un Dieu différent
mal orienté provient-il de l’ego ? Ce dernier peut-il prier pour de lui-même. C’est aussi une invitation à une posture d’hu-
sa propre résolution ? milité, dans laquelle le moi cesse de prétendre avoir tous les
Le désir d’unité au Soi est le dernier désir. Il se révèle pouvoirs. Il s’en remet à une intelligence supérieure. Ce mou-
lorsque tous les objets de désir ont épuisé leur charme. Le vement d’effacement est un prélude à sa disparition.
regard tourné vers le dehors se tourne vers le dedans. Il s’unit
alors à la lumière du Soi. Dans un second temps, il serait peut-être possible de reprendre
une observation neutre des pensées et émotions, atti-
Est-ce que ce pauvre moi qui ne trouve plus son compte dans le tude certainement préférable à la prière qui est une action
monde extérieur, qui ne peut s’appuyer sur rien de physique, du mental.
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