Page 59 - La pratique spirituelle
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La sagesse est éternelle, et survit à la disparition de ceux et   ni rien de mental, peut prier de tout son cœur pour disparaitre
 celles qui l’incarnent. À travers leurs formes, c’est la sagesse   dans la conscience ?
 elle-même qui est priée et est l’objet de la dévotion. Lorsque   Dans la prière de dissolution, les pensées, l’attention, et
 la demande est totale, sincère et sans réserve, la sagesse ne   donc l’énergie, sont tournées vers le Soi, et disparaissent en
 manque pas d’y répondre, en remplissant le vide laissé par la   lui. C’est le propre de la pensée d’être un fil conducteur qui,
 dissolution des croyances. Elle vous enseigne qu’elle n’est pas   remonté à l’envers, ramène à la non-pensée. Le sacrifice est
 séparée de vous, étant la vraie nature de vous-même, par-delà   ce mouvement de résorption, dans lequel la forme réintègre
 l’apparence de votre corps et de votre mental. Elle n’aura de   le sans-forme, pour vivre la quintessence de la béatitude.
 cesse de vous solliciter, tant que perdurera une distance, aussi   Paradoxalement, c’est en mourant à elle-même qu’elle renaît à
 minime soit-elle, entre vous et elle. Son seul objectif, si tant   elle-même, dans sa nature essentielle. L’expérimentateur relatif
 est que l’on puisse utiliser une telle formulation, est que vous   disparaît ainsi au profit de l’expérimentateur absolu, qui n’est
 soyez elle.  rien d’autre que l’absolu lui-même.
 *          En ce qui concerne les pensées tournées vers le Soi, doivent-elles
 *  *       exprimer un souhait, une prière ou autre chose ?

 Je suis, ces jours-ci, sous l’emprise d’un ego démesuré, qui assom-  Lorsque la pensée se tourne vers la non-pensée, elle s’éteint
 brit le mental et torture le corps.  en elle. Deux morceaux de sucre qui se rencontrent peuvent se
 Aussi grand que soit l’ego, il n’est qu’un objet dans la   cogner. Un sucre plongé dans l’eau s’y dissout.
 lumière du Soi. Si le ciel vient à s’identifier à une boîte d’al-
 lumettes, il expérimentera tout d’abord l’enfermement et   Dans le cas d’émotions fortes, comme la terreur, il est très diffi-
 l’étouffement, avant de faire sauter les barrières limitatives, et   cile, voire impossible de prendre du recul. Est-il possible dans ce
 de réintégrer son immensité oubliée.  cas d’utiliser la prière pour calmer le mental ?
               Oui, bien sûr, pourquoi pas. Il s’agit d’une pratique duelle,
 Le désir intense de se libérer de l’emprise mortifère d’un mental   qui contient une demande d’un moi envers un Dieu différent
 mal orienté provient-il de l’ego ? Ce dernier peut-il prier pour   de lui-même. C’est aussi une invitation à une posture d’hu-
 sa propre résolution ?  milité, dans laquelle le moi cesse de prétendre avoir tous les
 Le désir d’unité au Soi est le dernier désir. Il se révèle   pouvoirs. Il s’en remet à une intelligence supérieure. Ce mou-
 lorsque tous les objets de désir ont épuisé leur charme. Le   vement d’effacement est un prélude à sa disparition.
 regard tourné vers le dehors se tourne vers le dedans. Il s’unit
 alors à la lumière du Soi.  Dans un second temps, il serait peut-être possible de reprendre
            une observation neutre des pensées et émotions, atti-
 Est-ce que ce pauvre moi qui ne trouve plus son compte dans le   tude certainement préférable à la prière qui est une action
 monde extérieur, qui ne peut s’appuyer sur rien de physique,   du mental.



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