Page 54 - La pratique spirituelle
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N’y a-t-il pas un possible écueil à considérer tout ou partie de la Pas même d’observateur ?
manifestation comme étant impure ? La conscience est à la fois l’observateur, l’observé et l’obser-
La manifestation n’est ni pure, ni impure. Elle est une vation. Ce sont trois aspects d’elle-même.
simple mise en forme du non-manifesté. Cette mise en forme
lui confère des limitations, qui n’existe pas dans sa nature illi- Pas même de réaction ?
mitée. On nomme ainsi impureté ce qui est limité, et pureté Être transcende toute réaction. La réaction n’existe qu’à la
ce qui ne l’est pas. Ce ne sont, au final, que des concepts, périphérie de vous-même. Au cœur de votre être, ne règne que
qui peuvent avoir un intérêt pédagogique, pour distinguer la la plénitude silencieuse.
conscience pure de ses expressions. Mais le concept n’est pas
ce qu’il conceptualise. Il n’en est que sa représentation. Voir le Le rapport à la vie sensorielle ne me paraît pas être séparé
sans-forme dans la forme est réalisation. Voir la forme sans le du rapport à la vie spirituelle. Je n’y vois aucune différence.
sans-forme est obnubilation. D’ailleurs je ne peux nommer ni l’une, ni l’autre comme
tangible !
* Toute perception sensible n’existe que par rapport à la
* * conscience qui la perçoit. Elle n’a pas d’existence propre, auto-
Je ne sais pas où j’en suis dans ma recherche spirituelle. Pouvez- nome. De ce fait, on peut la dire inexistante.
vous m’aider ?
Voyez déjà, avec acuité, que ce qui perçoit l’agitation du corps Si la conscience est à la fois l’observateur, l’observé et l’observa-
et du mental en est complètement libre. Vous êtes alors guidée tion, rien n’est jamais remis en cause. Dans la vie manifestée, on
vers l’unité au percevant, et le non-asservissement au perçu. peut voir une remise en cause, mais qui n’existe pas dans l’inté-
riorité « globale » où « Tout est ainsi ». Comment expliquez-
* vous cette différence de perspective ?
* * Ce qui est ici remis en cause, c’est la valeur de réalité attri-
Il semblerait qu’il serait inutile et vain de se regarder
« avancer » et de s’objectiver sur le « chemin de la connais- buée à l’objet. L’objet n’est connu que par la perception que
vous en avez. Et la perception de l’objet n’est pas l’objet lui-
sance » et voir « où on en est » ? J’ai envie de dire avancer vers même. Cette perception n’a pas d’existence indépendante,
quoi ? Et qui avance ? en dehors de la conscience dans laquelle elle apparaît. La
La seule « avancée » concerne l’aperception de ce que vous conscience est alors reconnue comme étant la cause de la per-
êtes. Il ne s’agit pas ici d’un « aller de l’avant », mais plutôt ception, et donc de l’objet perçu.
d’un retournement de la perspective.
Il semblerait qu’il n’y ait pas de chemin, pas même de période
objectivable ?
Être est sans chemin.
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