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ÉDUCATION CULTURE
Antonella Verdiani
R.-S. : Qu’avez-vous appris des écoles alternatives à Auroville ?
Antonella Verdiani : La clé, c'est l'éducation intégrale, c'est-à-dire le yoga intégral. Le yoga, ce n'est pas uni- quement les postures, c'est une discipline. J'ai décou- vert que Yoga et joie ont la même racine. Les deux viennent de yug, qui veut dire le lien. Donc, quand je suis en joie, je suis en lien. L'éducation intégrale repose sur une vision de l'individu qui n'est pas frag- mentée mais, au contraire, faite de toutes les dimen- sions : mentale, physique, vitale qu'on peut aussi appeler émotionnelle, et la dimension spirituelle et psychique. À Auroville, pour appliquer ces principes, chaque école a ses propres pratiques. Celles qui m’in- téressent le plus sont basées sur le libre progrès. Les jeunes choisissent leur thème à développer pendant l'année, avec un enseignant qui est là pour les accom- pagner. Il montre le chemin, mais n’est pas celui qui dirige.
Quelle est l’efficacité de ces écoles ?
J'ai constaté que c'était efficace, même si je n'aime pas trop ce terme. C'est efficace dans le sens de l'épa- nouissement des enfants. Dans le sens de l'acquisi- tion de connaissances, selon les paramètres qui sont les nôtres en Occident, ça se discute. Certains enfants apprennent à lire et à écrire plus tard que d’autres, comme dans toutes les écoles alternatives qui res- pectent les rythmes des enfants. À la fin du parcours scolaire classique, à l’âge du Bac, dans ces écoles, il y a des élèves hyper passionnés par certaines choses, qu’ils maîtrisent parfaitement, et qui ont aussi des carences dans d'autres matières. Mais ils ont une faci- lité à aller chercher la connaissance quand elle leur manque, car ils n'ont pas peur. Alors que, dans les écoles occidentales, on forme aussi à avoir peur et à ne pas explorer.
En résumé, l’idée est de conserver la joie, d’éviter de donner des peurs pour garder cet enthousiasme intact ?
Oui, en respectant les rythmes des enfants et surtout en entretenant la confiance. C'est valable pour toutes les écoles alternatives.
Quels sont les points communs de ces écoles alternatives ?
La liberté. Il y a aussi l'approche globale avec une attention aux quatre grandes dimensions que j'ai évo- quées : physique, mentale, spirituelle et vitale (ou émotionnelle). Si ces quatre dimensions sont respec- tées, l'épanouissement sera toujours là.
En face de chez moi, par exemple, il y a un collège. Je les vois, les pauvres. Ils rentrent, puis ils restent assis face à un enseignant. Et leur corps est oublié. Ils ont juste deux heures d'éducation physique par semaine. C'est absurde. Un corps d'enfant ne peut pas rester assis toute la journée. Il n'y a donc pas de respect. Alors que, dans les écoles alternatives, on veille à ce que cette énergie vitale s'exprime.
On peut donc apprendre en bougeant, comme dans certaines écoles suédoises ?
Oui. D'abord, il faut modifier la disposition de la classe. Au lieu de mettre le bureau du prof avec, en face, toutes les tables les unes derrière les autres, on crée des îlots. Ensuite, on donne la consigne que les élèves peuvent bouger. Là, ça change déjà beaucoup. J'ai vu aussi cer- taines écoles au Brésil où enseignants et élèves faisaient tous les matins du tai-chi. Ça change tout. Dans les écoles, il y a de plus en plus de pratiques de méditation. C’est parfois appelé concentration, silence... et cela va au-delà de la détente. C’est l’expérience de niveaux de conscience différents. Cette question de conscience est en train d’entrer à l’école.
Qu’il y a-t-il derrière cette notion de conscience ?
Voici un exemple avec un exercice tout bête. J'ai en face de moi une fenêtre avec une moustiquaire, c'est comme ça à Auroville. Si je regarde la moustiquaire, je ne vois que la trame. Mais, à travers la trame, je peux voir aussi, au-delà de la fenêtre, le paysage. Je prends alors conscience qu’il y a deux points de vue diffé- rents. Je peux regarder à l'intérieur, ou à l'extérieur, et c'est toujours moi, c'est toujours mes yeux, mais la vue est différente. C'est un exercice qui concerne les 5 sens. Mais il y a aussi des exercices qui concernent le 6e sens, l'intuition. Introduire des données qui sont étrangères au monde scolaire, comme l'intuition, c'est dans la culture de l’Inde. C'est plus facile à faire là- bas, qu'ici. L’intuition facilite l’apprentissage.
22 Rebelle-Santé N° 205
© Christophe Guyon