Page 20 - EXTRAIT ANACALYPSE
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— Comment ça se passe à l’ELLASUN ? Toujours autant
de départs à gérer ? » lui demanda Terry.
ELLASUN. « ELLAS » pour le nom antique du pays, et
« UN » pour « United Nations », mais on pouvait lire « SUN »
comme si la Grèce était indissociable du soleil dans l’imaginaire
collectif. Terry se demanda si ce mauvais jeu de mots avait
été choisi exprès ; l’organisation internationale avait mandaté
une instance pour remplacer le gouvernement décimé par le
Grand Séisme, lorsque le Parlement, le palais présidentiel et
la demeure du Premier ministre (tous à quelques centaines
de mètres, dans le même quartier) s’étaient effondrés sur
leurs occupants. L’ELLASUN gérait donc le pays dévasté
– au grand dam de la bonne vieille pieuvre qu’était l’Église
orthodoxe, qui aurait volontiers profité de l’occasion, mais
dont nombre de membres avaient eux aussi été tués lors du
Grand Séisme, la colère de la Terre frappant sans se soucier
du degré de sainteté.
« J’ai l’impression que la grosse vague d’exils de cet
automne est retombée, répondit Anastasia. Mais depuis que
toute l’administration du pays est sous tutelle de l’ONU, on a
de quoi faire, entre l’état civil, la logistique pour les provisions,
la gestion des salles de classe… Sans compter les disparitions
de ces derniers mois. »
Un frisson de peur inexpliqué dévala la colonne vertébrale
de Terry, qui ne put s’empêcher de demander à son amie :
« Kostas n’est pas avec toi ce soir ? »
Anastasia détourna le regard, ses mâchoires se crispèrent ;
elle répondit d’une voix cassante, légèrement tremblante :
« Non. Il est reparti à l’ELLASUN tout à l’heure. De
nouvelles disparitions ont été déclarées ces jours-ci. ».
Avant que Terry ait le temps de l’interroger davantage,
Ioanna s’empressa de changer de sujet :
« Terry, pour l’atelier d’arts de demain, ça tient toujours ?
J’aimerais bien que tu m’aides à avancer sur un dessin. Et je
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