Page 50 - Essais de sciences maudites / par Stanislas de Guaita. 1890-1920.
P. 50
AU SEUIL DU MYSTÈRE 49
du sortilège servent à dissimuler des forfaits plus
effectifs, où l'assassin se déguise en sorcier sous
le front du seul maréchal de Bretagne ont germé,
fleuri, fructifié toutes les dépravations, toutes les
scélératesses coutumières aux hôtes du sabbat
encore ceux-ci négligeaient-ils parfois d'assaison-
ner au piment satanique le misérable ragoût de
leurs convoitises assouvies. L'on a peut-être exa-
géré le rôle du magnétisme et des influences oc-
cultes dans les œuvres du sabbat criminel'; les
vrais adeptes se réservaient, sans nul doute, l'em-
ploi de ce formidable agent. Quant aux vendeurs
de philtres, c'étaient pour la plupart de banals em-
poisonneurs.
Mais à part les croisés occultes de l'Enfer et
du Crime et les chevaliers non moins occultes de
la Justice et du Châtiment outre les nécroman-
ciens elles francs-juges on vit des manants pai-
sibles et d'inoffensifs bourgeois se mêler comme
acteurs à la grande tragi-comédie d'alors. Com-
primée par le despotisme des états et l'intolérance
du sacerdoce, l'activité vitale dut en effet, au
moyen âge, se développer dans l'ombre. On prit
des airs de conspirateur. Une maladie sévit sur
toutes les classes de la société la monomanie du
mystère et des réunions secrètes s'organisèrent de
toutes parts. Le merveilleux (on en était si avide !)
décupla le prestige d'un soi-disant sabbat, où les
4