Page 672 - Livre2_NC
P. 672
Darlene J. Sadlier / Cinemateca Brasileira 663
Au cours du chaud été 1957, un incendie s’est déclaré dans le stock de
nitrate, un matériau hautement combustible, et a consumé un tiers des films
de la CB, ainsi que sa bibliothèque de livres et de disques, des masses de
documents et des appareils photo de collection. La quasi-totalité de sa col-
lection de copies de films destinées aux ciné-clubs et à d’autres lieux a été
perdue. Les documents donnés par Alberto Cavalcanti, qui a quitté l’An-
gleterre pour diriger les éphémères studios Vera Cruz (1949-1954), de style
hollywoodien, à São Paulo, ont également disparu. La CB a reçu des dons
de films, de livres et d’autres matériels de près et de loin, ainsi que de petites
sommes d’argent, tout en se maintenant à flot grâce aux revenus des cours
sur le cinéma et des projections de films dans la ville et au-delà. Son centre
administratif et ses archives restantes ont été transférés dans un bâtiment et
des zones de stockage dans le Parque Ibirapuera, l’un des plus grands parcs
urbains d’Amérique latine. En 1961, la CB a changé son statut juridique
pour devenir une fondation, ce qui lui a permis de recevoir des fonds de
l’État de São Paulo. L’année suivante, la Société des amis du cinéma (SAC),
à but non lucratif, a été créée pour aider à financer les activités et les projets
de la CB, ce qu’elle a continué de faire jusqu’à la période de la débâcle ac-
tuelle .
5
Sans domicile sous un même toit, sans entrepôt sécurisé pour ses col-
lections et avec les inévitables flux et reflux des financements municipaux
et étatiques, la CB a dû se battre. Pourtant, elle est restée active en matière
d’acquisitions et d’expositions. Le coup d’État militaire de 1964 qui a ren-
versé le président démocratiquement élu João Goulart (1961-1964) n’était
pas de bon augure pour les institutions de « culture vivante » comme la CB,
dont les événements attiraient un public nombreux et averti. L’Universidade
de Brasília, récemment créée et dotée d’un corps professoral de premier
ordre, a été envahie par les militaires en 1964 et 1965; quinze membres du
corps professoral ont été renvoyés pour cause de subversion et 223 des 305
membres restants ont démissionné en signe de protestation. L’un des do-
maines qui s’y développait, et qui a été perdu par cette tragédie, était le do-
maine audiovisuel sous la direction de Salles Gomes, du réalisateur Nelson
Pereira dos Santos et du critique de cinéma Jean-Claude Bernardet.
L’adoption de l‘Acte institutionnel en 1968 par l’aile droite de l’armée,
5
qui a réussi un coup d’État au sein du gouvernement cette année-là, a sus-
pendu tous les droits constitutionnels. Les tortures policières et militaires à
l’encontre des dissidents présumés se multiplient. En 1969, la CB perd en-
core une partie de sa collection à cause d’un incendie causé par le nitrate
autocombustible.

