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Darlene J. Sadlier / Cinemateca Brasileira                   663

            Au cours du chaud été 1957, un incendie s’est déclaré dans le stock de
          nitrate, un matériau hautement combustible, et a consumé un tiers des films
          de la CB, ainsi que sa bibliothèque de livres et de disques, des masses de
          documents et des appareils photo de collection. La quasi-totalité de sa col-
          lection de copies de films destinées aux ciné-clubs et à d’autres lieux a été
         perdue. Les documents donnés par Alberto Cavalcanti, qui a quitté l’An-
         gleterre pour diriger les éphémères studios Vera Cruz (1949-1954), de style
         hollywoodien, à São Paulo, ont également disparu. La CB a reçu des dons
          de films, de livres et d’autres matériels de près et de loin, ainsi que de petites
         sommes d’argent, tout en se maintenant à flot grâce aux revenus des cours
         sur le cinéma et des projections de films dans la ville et au-delà. Son centre
         administratif et ses archives restantes ont été transférés dans un bâtiment et
         des zones de stockage dans le Parque Ibirapuera, l’un des plus grands parcs
         urbains d’Amérique latine. En 1961, la CB a changé son statut juridique
         pour devenir une fondation, ce qui lui a permis de recevoir des fonds de
         l’État de São Paulo. L’année suivante, la Société des amis du cinéma (SAC),
         à but non lucratif, a été créée pour aider à financer les activités et les projets
         de la CB, ce qu’elle a continué de faire jusqu’à la période de la débâcle ac-
         tuelle  .
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            Sans domicile sous un même toit, sans entrepôt sécurisé pour ses col-
         lections et avec les inévitables flux et reflux des financements municipaux
         et étatiques, la CB a dû se battre. Pourtant, elle est restée active en matière
         d’acquisitions et d’expositions. Le coup d’État militaire de 1964 qui a ren-
         versé le président démocratiquement élu João Goulart (1961-1964) n’était
         pas de bon augure pour les institutions de « culture vivante » comme la CB,
         dont les événements attiraient un public nombreux et averti. L’Universidade
         de Brasília, récemment créée et dotée d’un corps professoral de premier
         ordre, a été envahie par les militaires en 1964 et 1965; quinze membres du
         corps professoral ont été renvoyés pour cause de subversion et 223 des 305
         membres restants ont démissionné en signe de protestation. L’un des do-
         maines qui s’y développait, et qui a été perdu par cette tragédie, était le do-
         maine audiovisuel sous la direction de Salles Gomes, du réalisateur Nelson
         Pereira  dos  Santos  et  du critique de cinéma  Jean-Claude Bernardet.
         L’adoption de l‘Acte institutionnel  en 1968 par l’aile droite de l’armée,
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         qui a réussi un coup d’État au sein du gouvernement cette année-là, a sus-
         pendu tous les droits constitutionnels. Les tortures policières et militaires à
         l’encontre des dissidents présumés se multiplient. En 1969, la CB perd en-
         core une partie de sa collection à cause d’un incendie causé par le nitrate
         autocombustible.
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