Page 66 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE ET SES JOURS INTRANQUILLES_Neat
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LE PRÉDATEUR






                   Mes souvenirs d'enfance ne sont pas pour autant, tous aussi drôles ou
              légers.
                      Il y a des sujets sensibles et douloureux qui, à une certaine époque,

              semblaient inexistants ou tout simplement tabou par le fait de les divulguer.
              Certaines conversations entre parents et enfants semblaient interdites, autant

              dire que la communication faisait défaut au sein de la famille. Ces souvenirs
              désagréables, vécus à une certaine période, j'avais fini avec le temps, par les

              enfouir profondément dans ma mémoire, et les archiver définitivement.
                      Nos médias actuels parlent de tout, parfois trop, mais également dans un

              but préventif, et cela m'aurait été bien utile, lorsque j'étais enfant.
                      Le tiroir de mes archives que je croyais cadenassé, s'est ouvert un jour

              pour me remémorer ces faits. Longtemps j'ai hésité avant de les publier, mais je
              crois qu'il est toujours utile et salutaire de parler sans détour, tout en se

              réservant une certaine pudeur.

                      Il venait de débarquer récemment et passait régulièrement dans notre

              bistrot. Aucun des clients habitués ne le connaissaient. Je devais avoir huit ans.
                      Maman le trouvait un peu bizarre, mais comme il semblait avoir une

              belle situation sociale et de belles manières, en plus d’être bon client, cela
              contribuait à lui accorder une certaine confiance.


                       Elle le trouvait extrêmement gentil par l'attention qu'il portait sur moi

              et ma petite sœur, et il ne venait jamais les mains vides, il avait toujours
              quelques friandises à nous offrir. Il avait bien organisé sa mise en scène

              pendant un certain temps, afin de s'attirer la confiance totale de mes parents,
              mais également celle des clients, pour se fondre dans l’environnement habituel

              de notre bistrot de quartier. Comme maman était affairée au comptoir avec ses
              clients, et mon père dans la bourloire, occupé avec les tournois des deux
              équipes adverses totalement concentrées sur leur jeu, personne n'avait

              remarqué cet étrange client, spectateur novice du jeu de bourles.



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