Page 70 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE ET SES JOURS INTRANQUILLES_Neat
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LA MONTAGNE





                   Je venais d'avoir onze ans et une santé fragile. Je n’imaginais absolument
              pas l’état de maigreur de ma silhouette, jusqu'au jour où l'institutrice annonça
              à une élève trop loquace, qu'il était ridicule de se cacher derrière ma frêle

              apparence physique, pour bavarder dans les rangs. J'étais souvent souffrante,
              jusqu'au jour où maman m'accompagna chez le médecin. C’est ainsi que le

              radiologue venait de me découvrir un problème aux poumons.  Je vivais dans
              un environnement enfumé à cause du bistrot et pas très sain pour une enfant

              qui ne connaissait la nature qu'au travers de son jardin aux herbes folles, sans
              oublier le contact indirect avec la clientèle porteur d’éventuels virus ou

              microbes. Il fut donc conseillé à mes parents de m'expédier en aérium dans une
              région de montagnes où je trouverai un air plus sain afin d’éradiquer ce début

              de tuberculose.


                      Pour la première fois de ma vie j'allais prendre le train jusqu'à la gare du
              Nord à Paris, c’était en fin de soirée. Mon père m'accompagnait, et je garde un
              vague souvenir du métro qui devait m'emmener de la gare du Nord à la gare de

              Lyon en direction de Grenoble, et je n’eus donc pas l’occasion de voir la Tour
              Eiffel, dont Maman ne cessait de me parler.  En attendant le départ, dans le

              train, je dégustais une pêche qui je ne sais pourquoi, fut la meilleure de ma vie.
              En 1960 les TGV étaient inexistants et le voyage assez long se fit de nuit pour

              arriver au petit matin.


                      Quelle ne fut pas ma surprise dès mon arrivée à Grenoble, cette ville
              était si différente de mon environnement habituel. Bientôt nous allions prendre

              un taxi qui allait nous transporter jusqu'au village de Saint-Pierre de
              Chartreuse, situé dans les hauteurs du massif de La Grande Chartreuse à plus

              de mille cinq cents mètres d'altitude, face au mont « Chamechaude ». C'était la
              fin de l'été, je me retrouvais devant un paysage inhabituel, accidenté, verdoyant
              et fabuleux, avec de nombreux torrents, chalets et troupeaux de bétail. Cela me

              changeait de ce plat pays qu'est le Nord, aux maisons en briques rouges, avec la
              pluie et la grisaille environnante.






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