Page 26 - Tueuse d'Alpha - Vindicta
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de bain blanche autour de mon corps avant de me placer devant le
          lavabo. D’un geste presque rageur, je passai la main sur le miroir afin
          d’en enlever la buée qui s’y était déposée. En guise de remerciement,
          il me renvoya un visage fatigué, fade et ravagé par la tristesse malgré
          des yeux tellement secs qu’ils viraient vers le rouge. Il n’y avait rien
          de beau à voir. Lentement, je scrutai le rebord droit, attirée par un bref
          mouvement, et je me raidis. Attrapant à tâtons ma brosse, je fis mine de
          me concentrer sur le démêlage de ma crinière, mon attention rivée sur
          l’image qui se reflétait dans le miroir.
            Il m’avait suivie et son regard trahissait ses plus sombres pensées.
          Un regard de prédateur qui m’engluait dans des méandres sans fond.
          Une pression psychologique typique de leur espèce, cherchant à me
          pousser à la faute sans savoir que celui qui était piégé ici, ce n’était
          pas moi.
            Je m’attardai sur quelques nœuds, puis laissai librement retomber
          ma chevelure sur mes épaules et dans mon dos, passant mes doigts
          à l’intérieur par endroits. J’offrais à sa vue mon corps partiellement
          découvert dans lequel il rêvait de planter ses crocs. Un dessert digne
          des plus grands rois après un si maigre repas. Il fallait qu’il croie
          avoir le dessus, le persuader que le deuil émoussait petit à petit
          chacun de mes sens. Pendant qu’il pensait avoir l’ascendant, il prenait
          confiance et se mettait lui-même en danger.
            Profite bien du spectacle, chien.
            Dans le miroir, je pouvais voir son reflet avec suffisamment de
          netteté pour l’étudier. Il m’observait depuis le bâtiment abandonné
          d’en face, en partie dissimulé par les gravats.
            Bien que de taille moyenne pour ceux de son espèce, il possédait
          une corpulence imposante et son pelage gris sombre parsemé de
          poils noirs, lui offrant une couverture presque parfaite dans la nuit,
          soulignait le marron de ses yeux qui renvoyaient une cruauté sans
          nom. Cela aurait impressionné plus d’un novice, mais j’avais vu
          suffisamment de choses pour qu’il me laisse de glace.
            Un détail me chiffonna. La bête ne montrait jamais toute sa
          gueule, un comportement étonnant pour un loup, eux qui aimaient
          être admirés. Ce n’était pas comme s’il craignait de pouvoir être


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