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        Nématographe de Lumière était à la fois une caméra et un projecteur), dans le but
        d'accroître l'attrait des projections locales des Lumières et de fournir des films
        de s t i n é s   à  u ne   d i s t r i bu t i o n m ond i a l e  s ubs é q ue nt e .
        Le catalogue Lumière de 1905 contient plus d'une cinquantaine de vues de ce type
        tournées en Afrique du Nord. L'un des principaux opé- rateurs de lumière, dont la
        carrière est particulièrement intéressante, est Alexandre Promio (1868-1926). Il
        tourne de petites scènes à Alger et Tlemcen dès 1896 et travaille au Caire et ailleurs
        en Égypte en 1897, pour revenir en Afrique du Nord en 1903. Promio, qui a
        découvert l'Orient lors de son premier voyage en Algérie, en reste fasciné, mais,
        comme le note Jean-Claude Seguin, son regard « peut être subtil, il n'en est pas
        moins manifestement orientaliste  » Promio travaille ensuite en 1912 pour le ser-
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        vice cinématographique et photographique du gouvernement français à Alger, où il
        reste douze ans. Seguin voit une continuité dans sa carrière de 30 ans, qui peut servir
        d'exemple pour le développement et l'utilisation du cinéma dans l'ensemble de
        l'Afrique coloniale au début du 20 siècle. Tra- vaillant pour la société Lumière
                                        e
        pendant dix ans, Promio « avait exploré la planète pour en révéler les aspects
        comiques, surprenants ou simplement exotiques ». Pour l'administration française,
        il avait ensuite « parcouru la colonie, voyageant au service du vaste projet de
        propagande inspiré par les autorités françaises  ». L'arrivée en Tunisie en 1919 du
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        réalisateur Luitz-Morat, ancien partenaire de scène de Sarah Bernhardt dans La
        Dame aux camélias et de Réjane dans Madame Sans-gêne, pour tourner des scènes
        de son long mé- trage Les Cinq gentlemen maudits  , marque une nouvelle étape
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        dans l'ex- ploitation des colonies africaines, à savoir leur utilisation comme lieux de
        tournage de longs métrages étrangers. Parmi les quelques films qui se dé- roulent en
        Afrique de l'Ouest, la plupart, comme Brazza ou l'épopée du Congo / Brazza or the
        Epic of the Congo (1939) de Léon Poirier et L'Homme du Niger / The Man of the
        Niger (1939) de Jacques de Baroncelli; traitent de l'expérience coloniale française
        en Afrique de l'Ouest vue à travers les yeux d'un protagoniste européen héroïque. Le
        ton de ce dernier film et son message idéologique, apparaît clairement dans une
        c r i t i que   f r an -   ç a i s e  de s  a nné e s  194 0.
        Ainsi, comme vous le voyez, le cinéma français de ces dernières années a tout fait pour
        montrer le vrai visage de l'Afrique et le vrai visage aussi de la France dans le domaine africain.
        A travers cette lanterne magique, le monde a pu per- cevoir que la France a accompli l'exploit
        remarquable de se faire aimer comme une mère dans ses colonies, parce que partout et toujours
        elle s'est montrée juste et humaine  .
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