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aspects de la Tunisie. Comme le note Guillemette Mansour, ses photogra-
phies ne sont pas des compositions orientalistes, mais des œuvres qui té-
moignent d’ « un sens aigu du cadrage de l'image et d'une remarquable
maîtrise de la lumière » .Sa première expérience de reporter de guerre est
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de filmer et de rapporter l'invasion italienne de la Libye en 1911, du côté
Turc. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Chikly fait partie de la
douzaine de cameramen employés par le service cinématographique de l'ar-
mée française (avec Abel Gance, futur créateur de Napoléon et Louis
Feuillade; futur auteur des séries Fantômas et Judex), pour filmer sur le
front à Verdun en 1916. Ses services, dans une guerre où dix mille volon-
taires et conscrits tunisiens sont morts dans les tranchées, lui valent la mé-
daille militaire.
L'utilisation intensive des lieux de tournage d'Afrique du Nord
par les cinéastes français a commencé peu après la fin de la Première Guerre
mondiale, et Chikly a servi de caméraman pour l'un de ces films, Les
Contes des mille et une nuits (1922), réalisé par l'émigré Russe Victor Tour-
jansky. La même année, Chikly réalise son premier film de fiction, Zohra,
dont le scénario a été écrit par sa fille Haydée et dans lequel elle joue. Ce
court métrage raconte l'histoire d'une jeune française qui fait naufrage sur
les côtes tunisiennes et qui est sauvée par des tribus bédouines, avec les-
quelles elle vit quelque temps. Capturée par des bandits alors qu'elle voya-
geait dans une caravane qui l'emmenait vers une colonie française, elle est
à nouveau sauvée, cette fois par un fringant aviateur français, et rendue à
ses parents. Cette histoire simple reflète deux des passions de Chikly, la
vie bédouine et l'aviation, et la performance de Haydée lui a valu un rôle
dans L'Arabe /The Arab de Rex Ingram (1924), avec Ramon Navarro.
Le deuxième long métrage de Chikly, La Fille de Carthage /
The Girl from Carthage / Aïn El-Ghazel (1924), a également été écrit par
Haydée, qui a de nouveau tenu le rôle principal et a également monté le
film. Si Zohra était, comme l'observe Guillemette Mansour, « un semi-
documentaire », La Fille de Carthage est l'histoire entièrement fictive d'une
jeune femme, contrainte d'épouser le mari choisi par son père (un riche et
brutal propriétaire terrien), qui s'enfuit dans le désert et est suivie par le
jeune et doux professeur qu'elle aime. Lorsqu'il est tué par leurs poursui-
vants, elle se poignarde et tombe morte sur son corps. L'ami personnel de
Chikly, le Bey de Tunis, a fourni des figurants, a autorisé l'utilisation de
l'un de ses palais et a même visité le tournage à plusieurs reprises. Le thème
du mariage forcé et l'utilisation d'un protagoniste féminin (ainsi que le rôle