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Beti Ellerson / Les professionnelles africaines du cinéma    611

          hommes ne sont pas susceptibles d’aider les femmes à le faire. En Afrique
          comme en Europe, la femme reste l’esclave de l’homme. C’est pourquoi
          elle doit se libérer…
            Les gens doivent être capables de découvrir le pourquoi du comment,
         de lutter et d’apprendre à identifier les responsables de la guerre…
            Ma situation est très difficile. Je fais des films sur les mouvements de li-
         bération. Mais l’argent pour la production de ces films ne se trouve pas en
         Afrique, mais en Europe. C’est pourquoi je dois vivre là où l’on trouve l’ar-
         gent, puis faire mon travail en Afrique.
            Je suis contre toute forme de nationalisme. Que signifie en effet être
         français, suédois, sénégalais ou guadeloupéen ? Les nationalités et les fron-
         tières entre les pays doivent disparaître. En outre, la couleur de la peau
         d’une personne ne m’intéresse pas. Ce qui est important, c’est ce que cette per-
         sonne fait…
            Je ne sais pas ce qu’est un «type de public» et je ne m’en soucie pas. Le film
         traite d’une lutte qui se déroule aujourd’hui. J’ai fait [Sambizanga] pour illustrer
         cette lutte…
            Je veux montrer que l’Afrique a aussi une histoire, que les africains ne sont
         pas des sauvages sans histoire, mais que de nombreuses personnes exception-
          nelles sont issues de la culture africaine.
            J’aime la liberté. Je ne me laisserai pas dire ce que je dois faire par un pro-
         ducteur qui n’aime pas mon sujet. Je préfère attendre les trois ans qu’il me fau-
         drait pour rassembler l’argent dont j’ai besoin. Je veux faire mes films comme
         je veux les faire…
            [Les films des autres pays ne sont pas sortis de terre comme des champi-
         gnons. En Afrique, il y a plusieurs jeunes qui sont des cinéastes vraiment talen-
         tueux. Il faut mettre fin à la méconnaissance et à l’ignorance totale que les gens
         ont du problème particulier de l’Afrique…
            La chose la plus importante est que nous devons développer une politique
         culturelle qui puisse nous aider. Montrer au monde que le cinéma africain existe.
         Nous devons apprendre à vendre nous-mêmes nos films et à les faire distribuer.

            Extraits de la discussion de Sambizanga :
            Dans ce film, je raconte l’histoire d’une femme. Cela pourrait être n’im-
         porte quelle femme, dans n’importe quel pays, qui part à la recherche de
         son mari. Nous sommes en 1961. La conscience politique des gens n’a pas
         encore mûri. Je suis désolé si cette situation n’est pas perçue comme une
         «bonne» situation, et si cela ne conduit pas à une prise de conscience du
         public sur ce qu’est la lutte en Afrique. Je n’ai pas de temps à perdre avec
         des films remplis de rhétorique politique…
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