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Darlene J. Sadlier / Cinemateca Brasileira                   673

          de production et d’enregistrement de la mémoire [du Brésil] ». Il ajoutait :
         « Un pays sans images de lui-même est comme quelqu’un qui ne sait pas
         ce qu’il est   22  ».

            Le jeu du chat et de la souris du gouvernement avec le SAC et ses par-
          tisans a continué à entretenir l’espoir d’un contrat de gestion permettant la
          réouverture de la CB. Mais au fur et à mesure que les semaines et les mois
          passent sans accord, que la pandémie rend les mobilisations de masse plus
          difficiles, que les myriades de dénonciations locales et internationales sem-
          blent incapables de faire bouger un gouvernement récalcitrant, et que l’at-
          tention des médias se tourne vers d’autres crises intérieures, on sent qu’une
          chape de plomb s’abat progressivement sur la situation. La question est de
          savoir si quelque chose ou quelqu’un peut inciter un gouvernement à agir
          alors qu’il ne s’intéresse à la culture que comme attraction touristique et
          qu’il lui reste même hostile.

            Un sentiment de deuil s’installe peu à peu dans les manifestations de cé-
          lébration en l’honneur de la CB. Organisé en ligne fin octobre et début no-
          vembre 2020, le quarante-quatrième festival international du film de São
          Paulo a dérogé à sa longue tradition consistant à remettre son prestigieux
          prix de l’humanité à une personne et a décerné le prix à l’ensemble du per-
          sonnel de la CB. Selon la directrice du festival, Renata de Almeida, l’idée
          d’un lauréat collectif a émergé après avoir entendu Gabriela Sousa de
          Queiroz, responsable du centre de documentation de la CB, décrire dans
          un forum en ligne une course d’obstacles littérale composée d’une porte
          verrouillée, d’un générateur en panne et d’aucune lumière, qui a failli em-
          pêcher une réunion prévue des travailleurs de la CB pour discuter de la dé-
         fense de l’institution  .
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             Le Prix de l’Humanité a été l’une des trois reconnaissances majeures de
         l’importance de la CB lors du festival. Dans une démonstration de solidarité
         audiovisuelle, la FIAF a envoyé au festival une collection de trente commen-
         taires vidéo d’une minute en faveur de la CB par trente de ses représentants
          d’archives et de cinémathèques du monde entier. Ces vidéos ont été présentées
          une à une en introduction des films programmés lors du festival  . Enfin, lors
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          de la clôture du festival, la FIAF a remis son prix annuel à Walter Salles en
          reconnaissance de ses films, de son rôle important dans la préservation du
          patrimoine cinématographique brésilien et de sa solidarité avec la CB. On
          peut lire dans la présentation du prix : « [A]u moment où l’existence même
          de la Cinemateca Brasileira, membre historique de la FIAF, est de plus en
          plus menacée, décerner le Prix FIAF 2020 à Walter Salles (ancien membre
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