Page 47 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE ET SES JOURS INTRANQUILLES_Neat
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Toute mon enfance allait se passer entre ce bistrot constitué d’une
              clientèle de quartier que j'évitais par timidité, et le jeu de bourles et ses
              tournois fréquents mais également les quelques aventures intrépides et

              mémorables de mon frère.


                      Toujours aussi introvertie, je n'avais pas réussi à me trouver une amie,
              j'étais un peu trop sauvage et la solitude n'était pas pour me déplaire, puisque

              j'aimais les livres, le dessin, la peinture, l’écriture, la broderie ou réaliser des
              collections de vêtements pour mes poupées, signes précurseurs d'une certaine

              partie de ma future vie professionnelle. C'était une façon pour moi de m'évader
              de ce quotidien qui ne me ressemblait pas dans cette vie de petite fille.


                      Nous logions dans une petite pièce obscure qui nous servait de séjour,

              située derrière le bar, constituée d'un canapé, d'une table à manger, quelques
              chaises, un réfrigérateur et une télévision qui venait meubler notre solitude,
              puisque papa nous quittait pour son travail de nuit, pendant que maman tenait

              le bar jusqu'au départ des derniers clients. Bien souvent nos repas se faisaient
              sans nos parents. Une autre petite pièce très sombre la jouxtait, pas plus large

              qu'un couloir et faisait office de cuisine et de cabinet de toilettes, avec un évier
              noir en ardoise. Nous avions trois chambre à l'étage, dont une occupée par mon

              frère, la seconde je l’occupais avec ma petite sœur, et la plus grande attribuée à
              mes parents. Ma chambre me semblait sinistre, vide, froide sans chauffage avec

              un mur largement fissuré face au lit. De plus le coucher et le lever, se faisait par
              l’escalier qui menait aux chambres, en passant obligatoirement par le bistrot

              devant la clientèle. Ce manque d'intimité me déplaisait sérieusement sachant
              que nous allions embrasser maman ou papa, avant le coucher ou le matin au

              lever,  face aux clients. Cela me donnait l’impression qu’une partie de ma vie
              intime familiale m’échappait complètement.













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