Page 41 - La pratique spirituelle
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ancré dans sa connaissance, au-delà de l’avis du maître et de la
 *          tradition.
 *  *          Oui, c’est juste aussi.
 Je te livre un dialogue entre un maître (M) et un disciple (D).
 D : « Le “ je”  a disparu dans sa source. » M : « Très bien, mais   *
 ne t’attache pas à cette expérience ». D : « La Source n’est-  *  *
 elle pas libre d’attachement ou de détachement ? ». M : « La   Lorsqu’on est à l’écoute de tout ce qui se passe autour de nous
 Source si, mais toi pas toujours ». D : « Quel “moi” ? ». Silence.   (bruits, odeurs, paroles, ressentis..), dans l’instant présent, et
 Il semble que le maître en reste à une perspective de l’harmo-  que notre corps est au repos, en méditation, est-ce cela l’écoute
 nisation du « soi » au « Soi ». Le disciple semble ne plus être   globale ? ou bien est-ce que l’écoute de la pensée et du corps en
 concerné par le « soi ». Qu’en penses-tu ?  mouvement constant est meilleure ?
 Il est possible que le maître ait perçu, chez son disciple,   L’écoute globale est analogue à la bougie qui éclaire la
 un résidu d’identification à l’absence d’objet, d’où l’invitation   pièce, sans effort, ni intention. Elle n’est pas focalisée sur un
 au constat d’attachement à l’expérience. Quant au silence qui   objet particulier. Elle brille de sa propre lumière.
 ponctue l’histoire, on peut le voir comme le silence d’où jaillit
 la question « qui ? », et en lequel elle se meurt.  Chaque geste, chaque acte doit-il être comme une méditation ?
               L’action est sanctifiée par la présence qui le contient.
 J’ai oublié de signaler que cet échange se situe dans la tradi-  Coupée de sa source, l’action est automatisée, sans âme, et au
 tion zen, qui nie un éveil permanent et définitif, et n’enseigne   service exclusif de l’ego.
 que la « pratique-réalisation » : il n’y a pas de réalisation sans
 pratique, il n’y a pas de véritable pratique sans réalisation. Le   Quelle est la méthode la plus rapide ?
 disciple évoque la désidentification, la réalisation qu’il n’y a pas   La voie directe est considérée comme la voie de l’oiseau.
 de serpent, mais une corde : donc, une prise de conscience non   Elle consiste à intégrer le fait que vous êtes déjà la conscience
 personnelle radicale, ce que nie cette école.  suprême, « tu es Cela », sans que quoi que ce soit d’autre soit
            nécessaire. La voie progressive est considérée comme la voie de
 Oui, c’est une manière d’éviter l’enfermement dans un état
 et dans une conclusion, qui éloignent de l’ouverture naturelle   la tortue. Elle vous invite à purifier vos différents corps afin de
            pouvoir, éventuellement, réaliser le Suprême.
 de l’être.


 Pourtant, la libération des identifications n’est pas un état, ni
 une expérience, mais le retour à leur source, ce que le maître
 ne semble pas comprendre. Je pense que cette négation d’un
 éveil permanent est un risque d’enfermement pour le disciple
 dans une quête sans fin, à moins que celui-ci ne soit pleinement



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