Page 39 - La pratique spirituelle
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Ces résonances privilégiées étant en lien avec des conditionne-  Le Tibétain parle de la destruction du corps astral et du corps
 ments, s’agit-il alors bien là d’amour ?  causal avant la Libération : « Plus tard, sur le sentier de l’Ini-
 Ce n’est pas de l’amour, au sens vrai. Ce sont des réso-  tiation, le corps causal disparaît et l’initié est libre dans les trois
 nances, qui expriment l’amour, mais n’en sont que son expres-  mondes. Le corps astral et le corps causal sont, dans le langage
 sion. L’amour lui-même est libre de l’expression, tout comme   de l’ésotérisme, supplémentaires à la réalité. Ils ont eu une réa-
 le soleil qui est libre des rayons qui le prolongent. Le rayon   lité temporaire pendant le processus de l’évolution. Ils dispa-
 n’est pas le soleil, bien qu’il en soit dépendant.  raissent et l’initié reste en possession d’un pouvoir sur la forme

 *          et d’une conscience pleinement éveillée. » Comment interprétez-
 *  *       vous ce commentaire du Tibétain ?
               Lorsque le projecteur s’éteint, le film s’arrête. Il en est de
 Peut-on dire qu’il y a comme deux voies vers la réalisation du   même avec les projections mentales qui, lorsqu’elles ne sont
 Soi : une qui s’appuierait sur le « Je suis cela », et l’autre sur la   plus nourries par la complicité admirative, se tarissent et
 déconstruction du monde objectif ?  s’éteignent. Ce sont elles qui nourrissent le corps de désir et
 Oui, on peut parler d’une attention, qui se tourne soit vers
 ce que vous n’êtes pas, soit vers ce que vous êtes, s’absorbant   les mémoires qui constituent l’histoire.
 alors dans la réalité une. Le « je ne suis pas cela » et le « je suis   Le corps causal correspond-il aux vasanas et samskaras qui dis-
 Cela » sont des pointeurs. Le premier œuvre par l’élimination,   paraissent lorsque l’éveil est stable ?
 le second par l’affirmation.
               Oui, on peut voir le corps causal comme l’agrégat de
            mémoires qui survit à la mort du corps physique. Cet agrégat
 Une voie ramène l’attention vers ce qui est attentif et l’autre
 remet en cause les perceptions ? Aussi sont-elles indissociables   constitue le sédiment nécessaire à la préparation d’une incar-
 ou pas ? Est-ce cela que l’on appelle la voie de la connaissance ?  nation. Dans la tradition de l’Inde, le corps causal est nommé
 La voie de la connaissance explore en effet ces deux aspects   corps d’ignorance, et constitue ce qui est présent dans le som-
 de la compréhension, à la fois de l’irréalité de l’objet, et du   meil profond et dans l’état sans pensée. Il reste objectif, et
 pressenti de la réalité non-objet. Tant que votre regard est   peut être considéré comme ignorant, dans la mesure où il est
 attiré par l’objet, il reste fixé sur lui, et s’ignore lui-même   vide de toute connaissance objective. Du fait de son caractère
 comme source de la manifestation. Le « je ne suis pas cela »   vide de contenu, il est parfois pris pour l’ultime sujet, alors
 détourne le regard de l’objet. Le « je suis Cela » ramène le   qu’il reste encore objet. C’est ce vide-objet qu’il convient de
 regard à la plénitude de ce qui regarde. Ils sont donc com-  transcender, pour s’établir dans le corps supracausal, puis dans
 plémentaires, œuvrant tous deux à la réalisation de ce     l’absolu de la conscience sans forme. Les mémoires peuvent,
 que vous êtes.  elles-mêmes, être vues comme faisant partie de l’ignorance,
 *          donnant l’illusion de la réalité, alors qu’elles ne sont que de la
 *  *       lumière en forme.



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