Page 35 - La pratique spirituelle
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encore question d’un choix. C’est l’enseignement qui vous
 quitte, et non vous qui le quittez.   *
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 Vous m’aviez d’ailleurs dit que la conscience ne manquerait pas   J’ai l’impression que deux pratiques sont possibles. Partir de
 de me re-solliciter, une brèche s’étant entrouverte.  l’écoute qui amène aux asanas. Ou partir des asanas, et laisser
 Oui, certainement. Le Soi absorbe en lui le moi, comme   l’écoute s’y déployer via le souffle.
 l’ogre les enfants qu’il dévore. Il n’a de cesse jusqu’à ce qu’il ne   L’état normal du mental est celui de la dispersion. Avant de
 reste plus que lui.  pouvoir remonter le fil de la pensée jusqu’à sa source, le men-
            tal doit tout d’abord être stabilisé. C’est l’une des fonctions
 *          de l’écoute corporelle. Dans les voies progressives, la purifica-
 *  *       tion du corps et des corps est considérée comme un prélude
 Peut-on identifier deux niveaux différents du cheminement   indispensable à la réalisation du Soi. Dans les voies directes,
 d’un chercheur ? Un niveau où le détachement serait plus grand   la purification des corps est considérée comme une perspec-
 par la simple intuition d’une présence située au-dessus de notre   tive erronée, amenant à croire que ce que vous êtes, dans votre
 volonté. Et un niveau où il n’y aurait plus ni détachement, ni   nature intemporelle, a besoin de pratiques temporelles pour se
 personne à détacher.  révéler. Cependant, même pour les adeptes des voies directes,
 Oui, ces glissements dans la perspective décollent la   rien n’empêche d’utiliser des outils propres aux voies progres-
 conscience-témoin des reflets qui sont en elle. Tant qu’il y   sives, afin d’assainir le corps et d’apaiser le mental. Il convient
 a identification au reflet, il y a souffrance et séparation, et   toutefois d’en connaître les limites, et de ne pas confondre
 donc quête de béatitude. Lorsque l’identification est brisée,   l’outil avec le but.
 ne reste que la béatitude elle-même, sans rien à chercher, ni
 rien à trouver.                       *
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 *          J’en reviens à ce que l’homme considère comme des formes de vie
 *  *       « moins évoluées ». Au stade « moins évolué », il n’y a pas de pro-
 Pouvez-vous m’expliquer les principales différences entre le   blème. Au stade « ultime » où l’homme ou toute autre entité a
 boud dhisme et la voie que vous nous enseignez ?  résolu le Soi, il n’y a plus de problème. Entre les deux, il y a tous
 Il existe, dans le bouddhisme, de nombreuses écoles et   les problèmes, la souffrance, le contre-sens. Quelle est la logique
 approches différentes. Le Dzogchen et le Mahamudra sont   de cette phase intermédiaire de contre-sens ?
 celles qui se rapprochent le plus de l’Advaïta-Vedanta, dont   Entre le fait de réaliser que ce que nous cherchons n’est pas
 sont inspirées les perspectives que nous explorons ici. Ce sont   dans l’objet, et la réalisation que nous sommes ce que nous
 toutes des voies dites directes, pointant vers l’absolu qui trans-  cherchons, gît un hiatus. Ce hiatus, c’est la nuit obscure de
 cende la forme.  l’âme, comme le disait saint Jean de la Croix. Le deuil du trésor




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