Page 37 - La pratique spirituelle
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accessible dans l’objet se fait par paliers. La réalisation que   Vous dites : « L’attention au souffle amène la négligence des pen-
 vous êtes vous-même le trésor que vous cherchez, est abrupte   sées. La négligence du souffle ramène l’attention à elle-même. »
 et immédiate.  Votre première phrase renvoie-t-elle à la voie progressive ? Et
            votre seconde phrase, à la voie directe ?
 Est-ce que la prise de conscience de la conscience passe nécessai-  Toute intention signe une approche progressive, soutenue
 rement par cette étape à contre-courant et si destructrice ?  par l’idée d’un but à atteindre. L’éveil à la non-intention, qui
 Certains êtres ont un tel pressentiment du Soi, qu’ils   est le propre de la conscience pure, est voie directe. Elle exerce
 vivent avec légèreté les deuils successifs du moi. Sinon, le   son pouvoir par le biais de l’évocation. Elle est un « être tou-
 plus souvent, ces deuils sont imposés, comme voie initiatique   ché », alors que la voie progressive est un « toucher ». Dans
 nécessaire.  l’une, il y a un acteur. Dans l’autre, il n’y en a pas. L’écoute du
            souffle est un moyen. Elle appartient, en effet, à une démarche
 *          progressive. L’unité à l’écoute ne peut venir d’un faire, qui
 *  *
            maintient une relation sujet-objet. Elle est aperception, sans
 Le chant est une possibilité d’expression du souffle. D’autres   témoin et sans but. Dans l’ignorance du passé, futur, dans
 techniques méditatives par la respiration, comme par exemple   l’ignorance des phénomènes présents, il y a présence, sans
 le yoga ou le qi gong, sont le plus souvent vécues en individuel.   référence à l’objet.
 Le tantrisme, quant à lui, met l’accent sur un partage énergé-
 tique, dont la sexualité, pour l’imprégnation du corps par la   Je m’aperçois ne pas comprendre pleinement le mot « évocation »
 conscience. Comment considérer le tantrisme par rapport au qi   utilisé ici.
 gong ou yoga dans une approche non duelle ?  Lorsqu’une parole éveille en vous un sentiment de vérité,
 Pour la conscience unitive, tout est égal. Une pratique en   cette résonance ne provient pas de la mémoire ou du mental
 vaut une autre. Une pratique peut avoir une utilité fonction-  pensant. C’est la vérité qui se fait écho à elle-même, car elle est
 nelle. Elle est vaine quant à la réalisation du Soi, car le Soi est   votre nature. Cet éveil à ce que vous êtes est silencieux, mais
 déjà réalisé. Toute pratique corporelle a pour utilité de rame-  indéniable. Il s’accompagne d’une absolue évidence, et d’une
 ner l’écoute à l’écoute, le regard au regard. Les pratiques tan-  totale absence de doute, avant même qu’un acquiescement ne
 triques, qu’elles soient sexuelles ou non, n’y échappent pas.   puisse être formulé par la pensée.
 Si l’on croit qu’elles permettront l’éveil à une joie stable, elles
 sont illusoires. Si on accepte qu’elles n’aient qu’un intérêt fonc-  Comment se fait-il que l’on puisse sentir en nous, pour certaines
 tionnel, elles peuvent alors avoir leur place. Être ne se pratique   personnes, une résonance d’amour évidente ?
 pas. Vous êtes, avant que la pratique ne soit.  Il n’est pas nécessaire d’interpréter ce fait. C’est un jeu de
            résonance. Notre structure manifestée a des résonances privi-
 *          légiées, en fonction des conditionnements qui la constituent.
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