Page 36 - La pratique spirituelle
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accessible dans l’objet se fait par paliers. La réalisation que Vous dites : « L’attention au souffle amène la négligence des pen-
vous êtes vous-même le trésor que vous cherchez, est abrupte sées. La négligence du souffle ramène l’attention à elle-même. »
et immédiate. Votre première phrase renvoie-t-elle à la voie progressive ? Et
votre seconde phrase, à la voie directe ?
Est-ce que la prise de conscience de la conscience passe nécessai- Toute intention signe une approche progressive, soutenue
rement par cette étape à contre-courant et si destructrice ? par l’idée d’un but à atteindre. L’éveil à la non-intention, qui
Certains êtres ont un tel pressentiment du Soi, qu’ils est le propre de la conscience pure, est voie directe. Elle exerce
vivent avec légèreté les deuils successifs du moi. Sinon, le son pouvoir par le biais de l’évocation. Elle est un « être tou-
plus souvent, ces deuils sont imposés, comme voie initiatique ché », alors que la voie progressive est un « toucher ». Dans
nécessaire. l’une, il y a un acteur. Dans l’autre, il n’y en a pas. L’écoute du
souffle est un moyen. Elle appartient, en effet, à une démarche
* progressive. L’unité à l’écoute ne peut venir d’un faire, qui
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maintient une relation sujet-objet. Elle est aperception, sans
Le chant est une possibilité d’expression du souffle. D’autres témoin et sans but. Dans l’ignorance du passé, futur, dans
techniques méditatives par la respiration, comme par exemple l’ignorance des phénomènes présents, il y a présence, sans
le yoga ou le qi gong, sont le plus souvent vécues en individuel. référence à l’objet.
Le tantrisme, quant à lui, met l’accent sur un partage énergé-
tique, dont la sexualité, pour l’imprégnation du corps par la Je m’aperçois ne pas comprendre pleinement le mot « évocation »
conscience. Comment considérer le tantrisme par rapport au qi utilisé ici.
gong ou yoga dans une approche non duelle ? Lorsqu’une parole éveille en vous un sentiment de vérité,
Pour la conscience unitive, tout est égal. Une pratique en cette résonance ne provient pas de la mémoire ou du mental
vaut une autre. Une pratique peut avoir une utilité fonction- pensant. C’est la vérité qui se fait écho à elle-même, car elle est
nelle. Elle est vaine quant à la réalisation du Soi, car le Soi est votre nature. Cet éveil à ce que vous êtes est silencieux, mais
déjà réalisé. Toute pratique corporelle a pour utilité de rame- indéniable. Il s’accompagne d’une absolue évidence, et d’une
ner l’écoute à l’écoute, le regard au regard. Les pratiques tan- totale absence de doute, avant même qu’un acquiescement ne
triques, qu’elles soient sexuelles ou non, n’y échappent pas. puisse être formulé par la pensée.
Si l’on croit qu’elles permettront l’éveil à une joie stable, elles
sont illusoires. Si on accepte qu’elles n’aient qu’un intérêt fonc- Comment se fait-il que l’on puisse sentir en nous, pour certaines
tionnel, elles peuvent alors avoir leur place. Être ne se pratique personnes, une résonance d’amour évidente ?
pas. Vous êtes, avant que la pratique ne soit. Il n’est pas nécessaire d’interpréter ce fait. C’est un jeu de
résonance. Notre structure manifestée a des résonances privi-
* légiées, en fonction des conditionnements qui la constituent.
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