Page 38 - La pratique spirituelle
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Ces résonances privilégiées étant en lien avec des conditionne-              Le Tibétain parle de la destruction du corps astral et du corps
            ments, s’agit-il alors bien là d’amour ?                                     causal avant la Libération : « Plus tard, sur le sentier de l’Ini-
               Ce n’est pas de l’amour, au sens vrai. Ce sont des réso-                  tiation, le corps causal disparaît et l’initié est libre dans les trois
            nances, qui expriment l’amour, mais n’en sont que son expres-                mondes. Le corps astral et le corps causal sont, dans le langage
            sion. L’amour lui-même est libre de l’expression, tout comme                 de l’ésotérisme, supplémentaires à la réalité. Ils ont eu une réa-
            le soleil qui est libre des rayons qui le prolongent. Le rayon               lité temporaire pendant le processus de l’évolution. Ils dispa-
            n’est pas le soleil, bien qu’il en soit dépendant.                           raissent et l’initié reste en possession d’un pouvoir sur la forme

                                       *                                                 et d’une conscience pleinement éveillée. » Comment interprétez-
                                     *  *                                                vous ce commentaire du Tibétain ?
                                                                                            Lorsque le projecteur s’éteint, le film s’arrête. Il en est de
            Peut-on dire qu’il y a comme deux voies vers la réalisation du               même avec les projections mentales qui, lorsqu’elles ne sont
            Soi : une qui s’appuierait sur le « Je suis cela », et l’autre sur la        plus nourries par la complicité admirative, se tarissent et
            déconstruction du monde objectif ?                                           s’éteignent. Ce sont elles qui nourrissent le corps de désir et
               Oui, on peut parler d’une attention, qui se tourne soit vers
            ce que vous n’êtes pas, soit vers ce que vous êtes, s’absorbant              les mémoires qui constituent l’histoire.
            alors dans la réalité une. Le « je ne suis pas cela » et le « je suis        Le corps causal correspond-il aux vasanas et samskaras qui dis-
            Cela » sont des pointeurs. Le premier œuvre par l’élimination,               paraissent lorsque l’éveil est stable ?
            le second par l’affirmation.
                                                                                            Oui, on peut voir le corps causal comme l’agrégat de
                                                                                         mémoires qui survit à la mort du corps physique. Cet agrégat
            Une voie ramène l’attention vers ce qui est attentif et l’autre
            remet en cause les perceptions ? Aussi sont-elles indissociables             constitue le sédiment nécessaire à la préparation d’une incar-
            ou pas ? Est-ce cela que l’on appelle la voie de la connaissance ?           nation. Dans la tradition de l’Inde, le corps causal est nommé
               La voie de la connaissance explore en effet ces deux aspects              corps d’ignorance, et constitue ce qui est présent dans le som-
            de la compréhension, à la fois de l’irréalité de l’objet, et du              meil profond et dans l’état sans pensée. Il reste objectif, et
            pressenti de la réalité non-objet. Tant que votre regard est                 peut être considéré comme ignorant, dans la mesure où il est
            attiré par l’objet, il reste fixé sur lui, et s’ignore lui-même              vide de toute connaissance objective. Du fait de son caractère
            comme source de la manifestation. Le « je ne suis pas cela »                 vide de contenu, il est parfois pris pour l’ultime sujet, alors
            détourne le regard de l’objet. Le « je suis Cela » ramène le                 qu’il reste encore objet. C’est ce vide-objet qu’il convient de
            regard à la plénitude de ce qui regarde. Ils sont donc com-                  transcender, pour s’établir dans le corps supracausal, puis dans
            plémentaires, œuvrant tous deux à la réalisation de ce                       l’absolu de la conscience sans forme. Les mémoires peuvent,
            que vous êtes.                                                               elles-mêmes, être vues comme faisant partie de l’ignorance,
                                       *                                                 donnant l’illusion de la réalité, alors qu’elles ne sont que de la
                                     *  *                                                lumière en forme.



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