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FICHE 17 : COMPRENDRE L’IRONIE







          Comprendre l’ironie




              Définition                               Procédés
                                                       →  oxymore, « une boucherie héroïque » Voltaire, Candide
              Figure qui consiste à faire
              entendre quelque chose d’opposé          →  insinuation, « La guerre a pour elle l’antiquité
              à ce qui est exprimé.                       [l’ancienneté] » La Bruyère, Caractères
                                                       →  antiphrase, « Comme tu es beau ! » alors que le
                                                          locuteur pense le contraire.




          →  Elle est de l’ordre du jugement de valeur (on dit aussi qu’elle est critique).

          →  Il y a toujours, dans l’ironie, un décalage, une tension entre deux éléments contradictoires.
            Néanmoins, dans le cas de l’ironie contextuelle, il faut une certaine complicité entre celui qui énonce
            et celui auquel l’énoncé est adressé. Cependant, celui qui est visé, souvent, ne perçoit pas alors
            l’intention ironique.

          →  L’ironie suppose un déchiffrement (comme on le voit notamment dans les exemples tirés de La
            Bruyère), sinon on risque de ne pas percevoir sa subtilité.



          L’interprétation de l’ironie dans les textes littéraires

          Dans les textes, le procédé prend souvent des formes plus subtiles. Le lecteur ne peut le percevoir qu’à
          travers un ton particulier, à partir du contexte ou de certains décalages.



            Exemple

            Quand le lecteur, dans Candide, lit, au chapitre 14,   Parler (ou écrire) de façon ironique consiste pour
            à propos du Paraguay : « Los Padres y ont tout, et   un émetteur E1 à présenter ce qu’il dit (ou ce qu’il
            les peuples rien. C’est le chef-d’œuvre de la raison   écrit) comme exprimant l’opinion d’un émetteur
            et la justice », il peut être dérouté par cet apparent   E2 tout en faisant comprendre au récepteur qu’il
            éloge de l’ordre établi par les jésuites.            ne prend pas cette opinion à son compte et, bien
            Cet exemple nous conduit à une définition plus       plus, qu’il la trouve absurde.
            précise de l’ironie.



          Ainsi, dans cet exemple extrait de Candide, Voltaire (E1) exprime l’opinion des jésuites (E2), convaincus
          d’avoir établi au Paraguay l’ordre et la justice, tout en faisant comprendre que, selon lui, règne au contraire
          dans ce pays la plus flagrante des inégalités.
          L’ironie est donc une arme offensive : elle vise à se moquer du discours d’un autre. En faisant semblant
          de valoriser ce discours, elle exprime, en fait, un jugement dévalorisant.
          Pour identifier ce renversement de valeur, propre à l’ironie, le récepteur peut, comme ici, utiliser
          des indices dans le vocabulaire : mais de tels indices ne sont pas toujours aussi aisément repérables.
          Souvent, le récepteur identifie l’ironie parce qu’il sait – en s’appuyant sur d’autres informations que
          celles fournies par le texte – que l’émetteur E1 ne partage pas l’opinion qu’il exprime. Certains
          récepteurs, ignorant le contexte, ne reconnaîtront pas l’ironie et attribueront à E1 les propos qu’il tient.


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