Page 162 - Les Kamasutra
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apporter pour le choix à une amie ; ou bien l’on se décidera d’après
          leurs qualités personnelles, ou encore d’après les signes de bonne ou
          mauvaise fortune qu’ils pourront porter sur eux.
            S’il y a deux amants, ont l’un est attaché à la courtisane, et l’autre
          est simplement très généreux, les Sages disent qu’il faut donner la
          préférence à l’amant généreux ; mais Vatsyayana est d’avis qu’il vaut
          lieux préférer celui qui est attaché à la courtisane, parce qu’il Peut
          devenir généreux : en effet, un avare même donne de l’argent s’il est
          pris d’une femme, tandis qu’un homme simplement généreux. aimera
          jamais avec attachement. Mais si, parmi ceux qui lui sont attachés, il
          y en a un pauvre et un riche, elle donnera naturellement préférence
          au dernier.
            S’il y a deux amants, dont l’un est généreux, et l’autre prêt à
          rendre un service quelconque à la courtisane, certains Sages disent
          qu’il faut préférer celui qui est prêt à rendre le service ; mais, dans
          l’opinion Vatsyayana, un homme qui rend un service croit avoir tout
          gagné une fois la chose faite, tandis qu’un homme généreux ne pense
          plus à qu’il a donné. Ici même, la courtisane se décidera d’après
          l’utilité de bénéfices que pourra lui procurer son union avec ou
          l’autre.

            Si   l’un   des   deux   amants   est   reconnaissant,   et   l’autre   libéral,
          certains   Sages   disent   qu’il   faut   préférer   le   libéral ;   mais,   dans
          l’opinion de Vatsyayana, c’est le premier qu’il faut choisir, car les
          hommes libéraux sont généralement hautains, brusques en paroles et
          sans égards pour les autres. Ces hommes libéraux auront beau avoir
          été longtemps liés avec la courtisane, s’ils viennent à lui découvrir
          quelque défaut, ou si une autre femme leur en dit du mal, ils n’ont
          cure   des   services   passés   et   rompent   subitement.   L’homme
          reconnaissant, au contraire, ne brise pas tout d’un coup avec elle : il a
          égard à la peine qu’elle peut s’être donnée pour lui plaire. Ici encore,
          le choix sera déterminé par les probabilités de l’avenir.
            Lorsque la courtisane trouve à la fois une occasion de satisfaire à
          la requête d’un ami, et une chance de gagner de l’argent, les Sages
          disent qu’elle doit avant tout s’occuper de gagner de l’argent. Mais
          Vatsyayana est d’avis que l’argent peut se retrouver demain aussi



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