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commune de traçage, très intrusive, qui ouvre un champ de profit
phénoménal pour les géants du numérique, avec notamment la vente de
publicités ciblées. Les mutations en cours pourraient aussi précipiter les
stratégies de fusion entre de grandes compagnies d’assurance et des géants
du numériques qui auront su collecter et privatiser des masses de données
sur la santé des individus. Dans le domaine de l’éducation, les expériences
de masse de télé-enseignement où ont été utilisées des applications
produites par les Gafam - WhatsApp, des chaînes YouTube ou la
plateforme Zoom -, pourraient aussi étendre les nouveaux marchés du « e-
learning » au détriment de l’offre éducative des établissements scolaires et
des universités.
Le blocage des chaines de valeurs dans l’industrie ne va pas engendrer
mécaniquement une relocalisation générale des activités économiques.
Dans le domaine de la production des produits matériels, l’intérêt bien
compris des grandes firmes industrielles sera de relocaliser une partie des
processus productifs pour éviter ce type de choc d’offre qui les met à l’arrêt.
Mais l’expérience socialisatrice du confinement simultané de centaines de
millions de travailleurs des services marchands et non marchands assignés
au télétravail ouvre des perspectives gigantesques de délocalisation du
travail qualifié vers des pays à faible coût du travail. Ces délocalisations de la
production de services à forte valeur ajoutée pourraient prendre appui sur
le travail très qualifié de travailleurs des pays du Sud installés en « free
lance » et généraliser ce qui existe déjà pour les activités de plateformes
téléphoniques, d’assistance informatique ou de gestion des dossiers clients.
On voit ainsi comment le télétravail à l’échelle planétaire permettrait aux
grandes entreprises de réduire le coût salarial et le coût des équipements
tout en contournant des règlementations sociales nationales qui freinent
l’intensification du travail.
Le capitalisme numérique qui étend son emprise sur le monde du travail
recèle sans doute des gisements de productivité - et d’exploitation du
travail- considérables. Exploitation des salariés atomisés, contraints de
prendre à leur charge une partie des dépenses de l’entreprise - chauffage,
électricité, équipements informatiques, repas, etc - , détachés du collectif et
de ses protections, incités à faire tomber les séparations qui cloisonnent les
rythmes de la vie privée et les cadences professionnelles. Exploitation des
consommateurs et des usagers que la généralisation du numérique permet
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