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envisagée. Il ne reste alors que deux possibilités : soit augmenter les
recettes publiques avec la fiscalité, soit comprimer fortement les dépenses
publiques avec, à terme, le retour des politiques de « super austérité ». Une
fiscalité plus juste et plus écologique pourrait accroitre considérablement
les marges de manœuvres avec le rétablissement d’une plus grande
progressivité de l’impôt sur le revenu, sur le patrimoine et sur la
consommation, la suppression de niches fiscales et la lutte contre l’évasion
fiscale. Mais ces réformes fiscales nécessaires sont combattues à la fois par
les marchés financiers, par les classes dominantes et par le personnel
politique qui défend leurs intérêts.
À l’horizon de la classe dominante, il n’y a donc pas d’autre politique
économique possible que celle de l’austérité. Pour Bruno Le Maire, ministre
des Finances, la sortie de crise passera nécessairement à terme par des
coupes claires dans les dépenses publiques : « je ne l'ai jamais caché : le
redressement économique sera long, difficile et coûteux. Il demandera des
efforts de la part de tous les Français… Sur le long terme, il est nécessaire de
disposer de finances publiques saines et de réduire la dette ». Ces prises de
position du ministre des Finances qui rassurent les oligarchies
économiques et financières, donnent aussi des gages aux marchés
financiers ainsi encouragés à concéder des taux d’intérêt très bas aux
émissions de titre de dette de l’Etat francais. D’autres signes montrent la
force des logiques annonciatrices des politiques d’austérité. Les ministres
des finances de l’UE ont déjà convenu le 9 avril 2020 d’utiliser le Mécanisme
européen de stabilité (MES), une institution financière qui peut financer en
partie des Etats en difficulté en empruntant sur les marchés financiers mais
qui, jusqu’à présent conditionnait ses soutiens à l’engagement des États
« aidés » à mener des (contre) réformes diminuant les dépenses publiques
et de protection sociale et flexibilisant le marché du travail. S’il devait avoir
lieu, le retour anticipé de l’inflation - lié à la conjonction des surcoûts du
déconfinement et du pouvoir de marché accru des entreprises de plus en
plus concentrées - inciterait aussi à freiner les dépenses publiques et les
salaires dans les pays placés sous la coupe des marchés financiers avides de
préserver leurs profits.
L’imposition d’un horizon uniquement austéritaire pour les pays du Sud de
l’Europe se heurte cependant à une limite évidente : un scénario « à la
greque » provoquerait la sortie de l’UE des Etats les plus endettés et une
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