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de la Cour des comptes sur la gouvernance actuelle, révélaient une prise de
distance d’une partie de la haute fonction publique qui a depuis éclaté au
grand jour avec la tribune au vitriol d’une quinzaine de hauts fonctionnaires
de l’Education nationale contre le ministre Jean-Michel Blanquer. A
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l’Assemblée nationale, des députés de plus en plus nombreux faisaient
défection du groupe LREM fragilisant ainsi sa majorité. Un nouveau groupe
parlementaire issu des rangs de la majorité s’est depuis dissocié du parti
présidentiel. Le premier tour des élections municipales marqué par un taux
d’abstention record dans un contexte de crise sanitaire, a durement
sanctionné les listes soutenues par LREM : jamais sous la cinquième
République un parti majoritaire à l’Assemblée nationale et dans l’exécutif,
n’avait sans doute été autant minorisé au cours d’une élection
intermédiaire. Ce processus de délégitimation d’un gouvernement qui
incarne jusqu’à la caricature les politiques néolibérales, s’inscrivait dans le
mouvement général de contestation du néolibéralisme qui a parcouru de
nombreux pays ces dernières années.
Bien des conditions semblent donc réunies en France pour que soit instruit
le nécessaire procès en incompétence et en imprévoyance de l’exécutif
accablé par ce qui est majoritairement perçu comme une gestion chaotique
de la crise. La crise du Coronavirus va-t-elle alors précipiter l’effondrement
des politiques néolibérales et du gouvernement qui en France l’incarne ?
Rien n’est moins sûr. Cette séquence de crises multidimensionnelles peut
être au contraire saisie par l’exécutif pour durcir les lignes de forces de son
action et pour tenter de refonder sa légitimité en instrumentalisant la
montée de risques multiples – sanitaires, écologiques, économiques,
sociaux, etc - qui caractérise la période.
Dans un premier temps, l’épidémie a créé un mouvement de panique chez
les gouvernants contraints de suspendre la réforme des retraites et de
différer l’application de la réforme du chômage. Fut même alors invoquée
la nécessité d’un Etat qui prohibe les licenciements et nationalise. Les
mesures massives de chômage partiel ont pu aussi entretenir l’illusion du
« virage social » d’un gouvernement subitement devenu attentif aux
conditions d’existence des classes populaires. À la mi-mai 2020, selon
l’Insee, 12,4 millions de travailleurs du secteur privé étaient concernés par
les dispositifs du chômage partiel financé par l’Etat. En pratique, 8,6
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