Page 75 - LNVF
P. 75

Ces  insécurités  incorporées  accentuent  la  vulnérabilité  des  groupes
               dominés.  En  l’absence  de  mobilisation  collective  et  d’espérance

               émancipatrice,  elles  peuvent  fragiliser  les  solidarités,  aviver  les
               concurrences  et  les  jalousies  « de  proximité »,  donner  libre  cours  à

               l’expression  des  ressentiments.  Les  classes  dominantes  ont  bien  perçu
               comment  les  peurs  éprouvées  par  le  plus  grand  nombre  pouvaient  être
               détournées  des  causes  réelles  qui  les  ont  engendrées.  La  dynamique  du

               capitalisme  propage  des  risques  bien  réels  à  l’échelle  planétaire  et,
               simultanément, crée les conditions de l’instrumentalisation par les classes
               dominantes  mobilisées  pour  défendre  leurs  privilèges  et  préserver  leur

               légitimité. Dans des champs sociaux très divers et à des échelles multiples,
               les diverses oligarchies convergent progressivement autour d’une stratégie
               qui  manipule  les  peurs  pour  mieux  défaire  les  protections  collectives  du

               monde du travail, pour accroître ses vulnérabilités, et in fine pour conforter
               les  rapports  de  forces  qui  permettent  d’extorquer  le  consentement  des

               classes dominées.

               Sans être exhaustif, on peut repérer la mise en œuvre de cette stratégie que

               nous  appellerons  « libérale-sécuritaire »  simultanément  à  la  tête  de  l’Etat
               français  et  des  grandes  entreprises,  dans  les  institutions  supra-
               européennes et dans le champ du capitalisme numérique.



                    L’état d’urgence sanitaire permet d’accélérer la casse du Code

                      du travail, d’approfondir la surveillance des populations et de
                      neutraliser provisoirement les mobilisations


               En France, la synchronisation des crises sanitaires et économiques fait-elle

               perdre un peu plus de légitimité à un exécutif initialement affaibli ou, au
               contraire, lui offre-t-elle de nouvelles opportunités politiques ? De multiples
               indices de la perte de légitimité de l’exécutif étaient perceptibles bien avant

               la crise déclenchée par le Coronavirus. Les enquêtes d’opinion soulignaient
               l’extrême impopularité du gouvernement Macron-Philippe bousculé par la
               contestation  pugnace  du  mouvement  des  Gilets  jaunes  et  par  une

               mobilisation  syndicale  d’une  longévité  inédite  contre  la  nouvelle  réforme
               des retraites.

               A  la  veille  du  déclenchement  de  la  pandémie,  le  pouvoir  politique
               apparaissait de plus en plus fragilisé par la perte d’appuis annonciatrice de
               crise politique à venir. Des prises de position critiques du Conseil d’Etat ou


                                                           75
   70   71   72   73   74   75   76   77   78   79   80