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millions l’ont effectivement perçu soit environ 4 salariés du privé sur 10.
Cette intervention indispensable mais ponctuelle, n’engageait cependant
aucun changement de ligne durable du gouvernement.
Avec la mise au chômage partiel et provisoire de millions de salariés dans
l’attente de la reprise économique, il s’agissait d’abord de réduire sur fonds
publics les coûts des entreprises confrontées à la paralysie de la production,
de modérer les anticipations d’effondrement de la demande solvable
adressée aux (grandes) entreprises et de contenir ainsi l’affaissement de la
valeur des actions côtées en Bourse. De fait la politique économique
gouvernementale depuis le déclenchement de la crise sanitaire relève d’une
logique ou l’Etat promeut au grand jour des dispositifs d’assurance sociale
tout en se faisant, dans l’ombre, l’assureur des grands intérêts privés et des
actionnaires. Les mesures de soutien public aux grandes entreprises se font
sans contrepartie. Ni réquisitions, ni interdiction de versements de
dividendes, ni interdiction de licenciement, ni planification de reconversion
des activités polluantes. L’Etat socialise aujourd’hui les pertes sans
contrarier la privatisation des profits de demain.
Emmanuel Macron reste attaché aux lignes de forces d’une politique
étroitement façonnée par le système de transactions avec les groupes
dominants qui l’ont porté au pouvoir. Il met à profit cette période où les
mobilisations du monde du travail sont entravées pour durcir les attaques
menées contre ses droits conquis. L’état d’urgence sanitaire adopté dès le
23 mars 2020 permet de déployer une vaste offensive gouvernementale et
patronale contre le droit du travail au moyen d’ordonnances adoptées à
marche forcée. La fragilisation conjoncturelle des capacités de mobilisation
du monde du travail et du syndicalisme de lutte, libère la violence d’une
classe dominante pleinement mobilisée pour restaurer les profits que la
crise économique érode. Cette offensive a un objectif central : défaire les
protections sociales qui freinent l’exploitation du monde du travail et
l’extorsion de la plus-value. La mise à pied depuis le 15 avril 2020,
d’Anthony Smith, inspecteur du travail du département de la Marne,
responsable syndical national, par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud,
donne à voir cette stratégie du choc conduite contre le monde du travail et
de mise au pas de ceux et de celles qui défendent ses droits. L’ordonnance
n° 2020-323 du 25 mars 2020, applicable jusqu’au 31 décembre 2020,
permet ainsi de s’en prendre aux limitations du temps de travail prévues
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