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L’état d’urgence sanitaire a également durci les tendances autoritaires du
gouvernement qui, une fois encore, se sont cruellement manifestées dans la
répression des révoltes de jeunes des quartiers à la mi-avril. Plus
généralement, en jouant sur le tableau de la médiatisation anxiogène de
l’épidémie et de la culpabilisation de la population confinée, l’exécutif est
parvenu à banaliser des mesures liberticides qui portent atteinte aux
libertés fondamentale de circulation, de réunion, de manifestation et de
droit à la vie privée et familiale et à l’éducation. « Avoir peur, c’est se
préparer à obéir » disait Hobbes. Les mesures liberticides qui se multiplient
sont précisément légitimées par le climat d’insécurité que l’exécutif
propage avec la complicité de ceux qui relayent ses éléments de langage.
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Cette suspension des droits des personnes, imposée sans véritable débat
public, a considérablement affaibli les contre-pouvoirs et les procédures de
contrôle qui peuvent limiter les débordements du pouvoir. Le Conseil d’Etat
a lui-même désavoué plusieurs abus de pouvoir de l’exécutif. Une décision
du lundi 18 mai 2020 lève ainsi l’interdiction de fréquentation des lieux de
culte et considère que l’usage de drones par la police est illégal car il
constitue une atteinte à la vie privée, même durant la crise sanitaire. Cette
dérive sécuritaire pourrait trouver un nouveau prolongement avec un
système logiciel qui permet de suivre un déplacement voulu par un
gouvernement qui, bien avant la crise du Covid 19, affichait son goût pour
les outils de contrôle de la population telle que la reconnaissance faciale.
Sous prétexte de sécurité sanitaire, la généralisation du tracking via
l’application Stop Covid, reviendrait à installer un bracelet électronique
virtuel sur la population qui serait ainsi toujours plus privée de liberté et
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toujours plus tenue comme responsable des nouvelles vagues épidémiques.
L’instrumentalisation des risques sera sans doute au cœur des
recompositions politiques visant à relégitimer la tête de l’Etat. Très
classiquement, Emmanuel Macron en appelle aujourd’hui à l’unité nationale
pariant ainsi sur le ralliement de groupes sociaux plus ou moins favorisés
soucieux de minimiser les risques de déclassement dans un contexte
économique de plus en plus incertain. L’exploitation des peurs cherche
ainsi à trouver une traduction proprement politique avec le remaniement
90 https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/zoom-la-strategie-par-la-peur-et-la-culpabilisation-pour-
lutter-contre-lepidemie-40063118.html?sfns=mo
91 https://www.liberation.fr/debats/2020/04/19/stopcovid-un-bracelet-electronique-pour-tous_1785727
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