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Quel que soit le scénario final arrêté, la montée de l’endettement des Etats
contraints de se financer sur les marchés financiers maintient une épée de
Damoclès au-dessus de la tête des peuples. La manipulation de la « dette »
fait peser la menace d’une crise des dettes souveraines pour les Etats les
plus endettés désignés comme coupables de la situation financière qui leur
est réservée. En jouant sur la peur et la culpabilité, les marchés financiers
pourront ainsi à terme sommer les Etats d’accepter les politiques
d’austérité salariale et budgétaire au risque d’approfondir plus encore les
logiques récessives qui les ruinent.
L’expansion accélérée du capitalisme numérique intensifie
l’exploitation du travail
La crise du Coronavirus devrait raisonnablement inviter à organiser
méthodiquement une démondialisation écologique de la production qui
prendrait appui sur des réseaux courts et locaux favorisant une
« biodiversité économique » peu consommatrice de ressources naturelles et
peu polluante. Mais les restructurations en cours du capitalisme et les
principales forces en mouvement dans le champ économique vont dans un
sens exactement contraire, celui d’un renforcement d’oligopoles planétaires
organisant les marchés mondiaux à leur guise.
En quelques mois la crise actuelle a onné un coup d’accélérateur à
l’expansion du capitalisme numérique. Depuis le début de l’année, la
cotation des « Gafam » - G pour Google, A pour Apple, F pour Facebook, A
pour Amazon et M pour Microsoft – a gagné 10%, à Wall Street où début
mai 2020 leur capitalisation boursière dépassait 5000 milliards de dollars,
soit le ratio historique de 22 % du principal indice boursier américain
phare, le S&P 500. A rebours de l’horizon d’une production relocalisée, les
spéculateurs anticipent un monde de demain dans lequel les géants du
numérique, auront étendu leur emprise sur l’économie mondiale. A la faveur
de la pandémie, les « Gafam » partent, par exemple, à la conquête des
marchés gigantesques de la santé dont les budgets vont exploser à l’échelle
mondiale. Dans cette perspective, Facebook, Google, Twitter, Instagram
proposent déjà aux gouvernements des services dédiés à la lutte contre la
pandémie : applications de dialogue, outils de travail coopératifs, données
géolocalisées utiles à la lutte contre le virus, cartes interactives … Microsoft,
Google et Amazon tentent d’imposer partout dans le monde une application
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