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déflagration financière qui emporterait l’euro dans la tourmente. Pour
limiter le risque de ce scénario catastrophe pour les intérêts financiers
dominants en Europe, une stratégie pragmatique pourrait consister à
mutualiser, non pas la totalité, mais une partie de la dette des Etats de
l’UE . La proposition franco-allemande d’un plan de relance de 500
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milliards d'euros financé par des emprunts de la Commission sur les
marchés "au nom de l'UE" vise à ajouter de la dette mutualisée aux dettes
souveraines qui progressent rapidement. Cette orientation pragmatique, qui
n’a pas encore l’accord des 28 Etats membres, répond à la décision de la
Cour constitutionnelle allemande qui, le 5 mai dernier, demandait à la BCE
de s’expliquer sur son programme d’achat de dettes, posant ainsi un
ultimatum à l’UE pour que soient maintenues l’interdiction de financer
directement les États et la priorité donnée à la lutte contre l’inflation. La
Commission européenne prolonge aujourd’hui l’initiative franco-allemande
en proposant un plan de relance inédit fondé sur un premier grand
emprunt européen de 750 milliards d’euros qui permettrait d’accorder 250
milliards de prêts ainsi mutualisés et des subventions à hauteur de 500
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milliards d’euros, en direction notamment des Etats d’Europe du Sud. Les
dons seraient alors financés à partir de nouvelles taxes levées dans l'Union
(taxe carbone aux frontières de l'UE, impôt sur les revenus des grandes
entreprises).
Cette proposition inédite de la Commission européenne est surdéterminée
par les menaces que font peser les marchés financiers sur les dettes
souveraines espagnoles et italiennes et, assez directement, sur l’euro.
Néanmoins, elles n’engagent pas une rupture avec l’orientation néolibérale
qui structure les institutions européennes. La règle de l’unanimité des 27
est encore un obstacle à l’instauration des taxes européennes. Qui plus est,
les pays bénéficiaires de soutiens financiers devraient soumettre leur plan
d'investissements et de réformes à la Commission et conduire les réformes
structurelles censées améliorer leur compétitivité.
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Une autre position pragmatique pourrait consister, pour la BCE, à continuer à racheter un maximum de titres de dettes
des Etats européens par création monétaire, puis dans un second temps, à réduire la montagne de dettes accumulées par
les Etats dominés en jouant sur la durée et le taux des emprunts, ou même en renonçant à terme à se faire rembourser
d’une partie des créances détenues. Du reste, ce renoncement pourrait lui-même s’inscrire dans un mouvement mondial
d’"abandon de créances" massif par les Banques centrales sous la pression des Etats qui partout accumulent des volumes
titanesques de dettes.
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Dans le scénario provisoire proposé par la Commission européenne, les emprunts européens se font à des taux très peu
élevés sur les marchés financiers. Les Etats qui bénéficient des prêts européens commenceraient à payer les intérêts
commencera dès 2021, le remboursement des sommes empruntées n'ayant lieu qu'à partir de 2028 et devant s'achever
en 2058.
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