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dans un contexte où les classes dominées ont des raisons bien fondées de se
sentir particulièrement menacées par la crise sanitaire et par l’explosion en
cours du chômage et de la précarité. Ces peurs ressenties et ces risques
objectifs, instrumentalisés par les oligarchies en place, ont infléchi les
rapports de forces au cours du confinement, inhibé momentanément
l’action collective et précipité les processus antérieurs à la crise qui défont
l’Etat social et participent à l’insécurité générale qui gagne les classes
dominées.
Ce qui se joue avec la pandémie du Covid 19 a sans doute valeur de
répétition générale des grandes crises socio-écologiques à venir. L’onde du
choc de la crise actuelle préfigure à la fois les désastres que les dynamiques
du capitalisme engendrent et la manière dont les classes dominantes
utilisent la montée des risques pour extorquer le consentement à un ordre
inégalitaire et écocidaire. La question de l’insécurité, de ses causes et de ses
solutions, devient ainsi durablement une question politique majeure. Cette
thématique ne peut plus être abandonnée aux manipulations idéologiques
des courants libéraux-sécuritaires attachés au capitalisme financier, pas
plus qu’elle ne doit être laissée aux droites nationalistes prédisposées à
manipuler les précarités et les peurs. Les « gauches » doivent au contraire
œuvrer prioritairement pour désigner les véritables causes des insécurités
qui se propagent, expliciter les mécanismes qui les engendrent et
promouvoir les protections collectives qui permettront de les réduire.
Ce moment politique de « grande transformation » au cours duquel
s’amplifient les insécurités sociales, sanitaires et écologiques, exige qu’un
anticapitalisme pragmatique place la construction des protections
collectives au cœur de ses pratiques, de son projet et de sa stratégie. La
crise actuelle ouvre un champ de lutte considérable pour la préservation et
l’élargissement des protections existantes – stabilité des emplois, droits des
personnes, droit du travail, service public, protection sociale, protection de
l’environnement…- et pour la construction de nouvelles protections
collectives socio-écologiques et intergénérationnelles. Elle met au jour les
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différentes échelles des protections collectives à préserver et à inventer,
depuis les solidarités de quartiers ou dans le monde rural promues par
l’auto-organisation des habitants pendant le confinement aux solidarités
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Perspective que soutient également également Patrick Farbiaz dans sa contribution à cet ouvrage.
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Dans le sillage des pratiques d’auto-organisation populaires étendues par le mouvement des Gilets jaunes, le réseau
Covid-entraide fédère plusieurs centaines de collectifs qui organisent des solidarités concrètes.
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