Page 262 - La pratique spirituelle
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Je dirais que tout se passe comme s’il n’y avait plus d’observa-
            teur, mais pas non plus d’observation, comme si plus rien n’était                                      *
            perçu. Difficile alors de se tourner vers ce qui perçoit. Cela                                        *  *
            relève-t-il d’une mauvaise compréhension de la pratique ?                    J’évalue à plusieurs dizaines par jour les moments de quelques
               Vous êtes regard. Vous ne pouvez regarder que ce que vous                 secondes de méditation naturelle. Ces moments ne sont-ils pas
            n’êtes pas.                                                                  trop courts pour pouvoir être habités ?
                                                                                            La présence qui se dévoile dans l’intervalle entre les pen-
            Vous dites : « ... il y a un attachement à l’état sans pensée, qui           sées est aussi celle qui objective le mouvement de la pensée.
            est confondu avec la joie. L’état sans pensée n’est cependant pas            Dans l’intervalle entre les pensées, vous êtes, dans votre nature
            la joie, bien qu’il la réfléchisse de manière plus directe que l’état        propre, non objective. Lorsqu’il y a des pensées, vous êtes tou-
            avec pensée. Remontez le fil de la joie »... Mais comment remon-             jours un et le même, du fait de l’unité entre la conscience et
            ter le fil de la joie ? Il n’y a plus personne ici pour voir que la          la pensée.
            source est en nous-mêmes. Faut-il attendre sans attendre que
            cela s’impose de soi-même ?                                                  La non-pensée me semblait une résultante de l’écoute. Quand il
               On peut le dire ainsi. La joie étant votre nature, il vous est            y a écoute, ce n’est plus moi qui pense.
            juste possible d’objectiver ce qu’elle n’est pas.
                                                                                            L’absence de pensée est objet pour la présence qui la
                                                                                         contemple. On nomme parfois « non-pensée » la présence-
            Dans la vie courante, des larmes me viennent de plus en plus
            souvent devant ce qui me semble beau, libre, gratuit. S’agit-il              sujet, mais ce terme est ambigu, car il est alors utilisable à la
            de ce que vous nommez « joie » ?                                             fois pour l’absence et pour la présence à l’absence.
               La gratitude est une expression de la joie. La joie précède la
            gratitude. Elle est plénitude.                                               Voulez-vous dire que la conscience au repos (non manifestée) se
                                                                                         perçoit elle-même dans sa manifestation de pensée (conscience
            Est-il juste de dire que la méditation est accueil ? Que de cet              en mouvement) ?
            accueil émanent l’écoute et l’observation ? Que de cette écoute                 C’est correct ainsi.
            et de cette observation émane la compréhension ? Que de cette
            compréhension se révèle la conscience sans objet ?                           Une de vos réponses à un autre message résonne à nouveau :
               La réalité est une. La méditation est unité à ce qui                      « Vous êtes non manifesté », qui ne signifie donc pas : « Vous
            accueille. Ce qui accueille est écoute et observation. Ce qui                n’existez pas ».Juste ?
            accueille est conscience. La conscience est la source de toute                  L’existence trouve sa source dans la conscience non mani-
            compréhension. Par nature, elle est sans objet. L’objet s’inscrit            festée. Par l’habitude de s’identifier au mouvement, et donc
            en elle, comme le reflet dans le miroir. Il n’a pas d’existence              aux pensées et aux sensations, la notion d’existence s’est enra-
            indépendante. La conscience ne se réfère qu’à elle-même. Elle                cinée dans le perçu, oubliant que ce dernier n’existe que par la
            est autonome, libre et source de toute joie.                                 grâce de ce qui perçoit.




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