Page 195 - Traité de chimie thérapeutique 6 Médicaments antitumoraux
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CHAPITRE 9



                          NITROSOURÉES



                              COORDONNATEUR :J.-D. BRION









              1.   INTRODUCTION
              Parmi les agents antitumoraux, les nitrosourées occupent une place particulière en rai-
              son de leur large spectre d'activité. Les plus lipophiles franchissent la barrière hémato-
              encéphalique et sont capables d'atteindre des tumeurs cérébrales. Cependant, leur uti-
              lisation clinique est limitée par une toxicité hématologique (thrombopénie et leucopénie)
              retardée et cumulative.
                L'histoire des nitrosourées débute quand, en 1956, dans le cadre d'un programme de
              recherche d'antitumoraux par criblage systématique, entrepris par le National Cancer
              lnstitute, la 1-méthyl-3-nitro-1-nitrosoguanidine 1, synthétisée dix ans plus tôt par
              McKay et Wright, est soumise à un criblage aveugle et s'avère active sur un certain
              nombre de lignées cellulaires tumorales. La molécule entre dès 1960 en phase clinique,
              mais d'autres composés, notamment la 1-méthyl-1-nitrosourée 2 (MNU, synthétisée en
              1888 1), se révèlent rapidement plus intéressants sur des modèles animaux de leucémie
              L1210 et de tumeurs cérébrales chez la Souris, en augmentant largement le temps de
              survie des animaux.







                Mais l'instabilité du MNU et surtout l'arrivée d'un analogue structural encore plus
              puissant, la 1,3-bis(2-chloroéthyl)-1-nitrosourée 3 (BCNU), interrompent son développe-
              ment clinique. La BCNU, synthétisée au Southern Research lnstitute par Johnston,
              McCaleb et Montgomery, est testée dès 1962 et rapidement sélectionnée pour un déve-
              loppement réalisé par les laboratoires Bristol qui en assurent la commercialisation depuis
              1972.
                Des analogues structuraux (MeCCNU, ACNU, GANU, RPCNU...) se montrent aussi
              capables de réduire différents types de tumeurs implantées chez la Souris (mélanome
              B16, carcinome de rein Lewis...).
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