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Roy Armes / Le cinéma colonial                                27

        Algérie
                Le dernier modèle potentiel du cinéma africain d'avant l'indépen- dance se
        trouve dans l'âpreté de la guerre d'indépendance algérienne (1954-  1962),  où le
        cinéma militant en 16 mm est utilisé dans le cadre de la lutte de libération. Comme
        le note le sociologue algérien Mouny Berrah, « de 1957 à 1962, le cinéma algérien
        a été un lieu de solidarité, d'échange et d'expression entre les membres du maquis
        algérien et les intellectuels fran- çais sympathisants du mouvement de libération  »
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        Le catalyseur de ce mouvement est le documentariste communiste français René
        Vautier (né en 1928), qui avait été décoré de la croix de guerre à l'âge de seize ans
        pour ses activités de résistance contre les occupants allemands dans sa France natale.
        Mais en 1952, il a été emprisonné par le gouvernement français pour avoir violé la loi
        Laval de 1934 en filmant sans autorisation en Afrique, où il avait réalisé le premier
        film anticolonialiste français, Afrique 50 (1950)  .
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        Vautier avait déjà réalisé un court métrage indépendant (le film est introuvable), Une
        nation, l'Algérie lorsqu'il a commencé à filmer avec des résis- tants algériens en
        1957-1958 sous les auspices du leader du Front de  Libération Nationale (FLN)
        Abbane Ramdane. Le résultat est le documentaire de vingt-cinq minutes Algérie en
        flammes (1959), largement diffusé, dont les techniciens d'Allemagne de l'Est, où il a été
        monté, ont fait 800 copies  . Mal- heureusement pour le réalisateur, au moment où le film
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        était  terminé,  Ramdane  avait  été  assassiné  dans  l'une  des  querelles  internes  qui
        caractérisaient le FLN, et Vautier lui-même a été emprisonné par les algériens, sans procès
        et en grande partie en isolement, pendant vingt-cinq mois.

        Le premier collectif cinématographique que Vautier crée dans la région de Tebessa
        en 1957, le groupe Farid, est composé de plusieurs algériens, dont le futur réalisateur
        Ahmed Rachedi. En 1958, le groupe est transféré à Tunis, alors base des dirigeants
        du mouvement de libération algérien, où il devient le service cinématographique du
        Gouvernement provisoire républicain algérien en exil (GPRA). Le GPRA juge le
        rôle du cinéma  suffisamment  important  pour  envoyer  un  autre  jeune  cinéaste,
        Mohamed Lakhdar Hamina, étudier le cinéma à la FAMU de Prague en 1959.
        Vautier lui-même, blessé à trois reprises lors de ses différents passages de frontière
        en Algérie, crée une école de cinéma dont les élèves réalisent deux documentaires
        collectifs en 1957-1958. Mais avant la fin des hostilités, qua- tre des cinq élèves ont
        été tués.
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