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                Un certain nombre de documentaires ont été réalisés dans le cadre de la lutte
        de libération  et, comme le note Mouny Berrah, ce sont tous des « films collectifs
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        et engagés, des films immédiats consacrés à leur projet avec l'intention de réhabiliter
        une image de soi déconstruite et déva- lorisée par l'occupant et de plaider pour la
        justice  d'une  guerre  condamnée comme  «  boucherie  »  par  l'ennemi   52   ».  Pour
        l'historien  du  cinéma  algérien  Lotfi Maherzi, les films  ont  une  double  valeur :
        enregistrer la réalité précise de la situation en Algérie, et montrer le soutien étroit du
        peuple algérien à la lutte  . Ils ont trouvé un public non seulement dans les pays
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        arabes et en Europe de l'Est, mais aussi à la télévision occidentale, où ils ont servi à
        contrer les  efforts de  propagande français.  S'ils  ne  pouvaient  bien sûr  pas  être
        diffusés  à  l'époque  en  Algérie,  Abdelghani  Megherbi  note  qu'ils  y  ont été
        fréquemment projetés durant les premières années de l'indépendance  .
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        Dans l'Alger post-indépendance, en 1962, Vautier et Rachedi créent l'éphé-  mère
        centre audiovisuel (CAV), dans le cadre duquel est réalisé Peuple en marche / A
        People on the March (1963). Mais leur forme particulière de ci- néma militant engagé
        n'avait aucun rôle à jouer dans le mode de production cinématographique totalement
        bureaucratisé qui a émergé en Algérie au mi- lieu des années 1960.
        En considérant la carrière post-libération d'Ahmed Rachedi, Claude Michel Cluny
        note ce qu'il considère comme une « erreur fondamentale » du cinéma algérien : « Ils
        n'avaient pas déterminé le rôle que le cinéma pouvait jouer dans l'élaboration d'une
        société nouvelle ; ils ont privilégié la célé- bration des combats passés, plutôt qu'un
        cinéma  militant à  vocation révo-  lutionnaire   55  ».  Rachedi,  comme  Lakhdar
        Hamina, devient à la fois un cinéaste de premier plan et un bureaucrate, et seul René
        Vautier conserve sa position de cinéaste militant indépendant (réalisant, entre autres
        des films engagés, le très remarqué : Avoir vingt ans dans les Aurès en 1972).

        Conclusion
        Cet essai s'est attaché à montrer la nature des différents courants de la production
        cinématographique qui existaient en Afrique au moment où  le  cinéma  de  fiction
        post-indépendance s'est établi, tant au Maghreb
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