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28 FESPACO/BLACK CAMERA/INSTITUT IMAGINE 12:2
Un certain nombre de documentaires ont été réalisés dans le cadre de la lutte
de libération et, comme le note Mouny Berrah, ce sont tous des « films collectifs
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et engagés, des films immédiats consacrés à leur projet avec l'intention de réhabiliter
une image de soi déconstruite et déva- lorisée par l'occupant et de plaider pour la
justice d'une guerre condamnée comme « boucherie » par l'ennemi 52 ». Pour
l'historien du cinéma algérien Lotfi Maherzi, les films ont une double valeur :
enregistrer la réalité précise de la situation en Algérie, et montrer le soutien étroit du
peuple algérien à la lutte . Ils ont trouvé un public non seulement dans les pays
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arabes et en Europe de l'Est, mais aussi à la télévision occidentale, où ils ont servi à
contrer les efforts de propagande français. S'ils ne pouvaient bien sûr pas être
diffusés à l'époque en Algérie, Abdelghani Megherbi note qu'ils y ont été
fréquemment projetés durant les premières années de l'indépendance .
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Dans l'Alger post-indépendance, en 1962, Vautier et Rachedi créent l'éphé- mère
centre audiovisuel (CAV), dans le cadre duquel est réalisé Peuple en marche / A
People on the March (1963). Mais leur forme particulière de ci- néma militant engagé
n'avait aucun rôle à jouer dans le mode de production cinématographique totalement
bureaucratisé qui a émergé en Algérie au mi- lieu des années 1960.
En considérant la carrière post-libération d'Ahmed Rachedi, Claude Michel Cluny
note ce qu'il considère comme une « erreur fondamentale » du cinéma algérien : « Ils
n'avaient pas déterminé le rôle que le cinéma pouvait jouer dans l'élaboration d'une
société nouvelle ; ils ont privilégié la célé- bration des combats passés, plutôt qu'un
cinéma militant à vocation révo- lutionnaire 55 ». Rachedi, comme Lakhdar
Hamina, devient à la fois un cinéaste de premier plan et un bureaucrate, et seul René
Vautier conserve sa position de cinéaste militant indépendant (réalisant, entre autres
des films engagés, le très remarqué : Avoir vingt ans dans les Aurès en 1972).
Conclusion
Cet essai s'est attaché à montrer la nature des différents courants de la production
cinématographique qui existaient en Afrique au moment où le cinéma de fiction
post-indépendance s'est établi, tant au Maghreb