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Roy Armes / Le cinéma colonial                                29

























          Photo 4. Le réalisateur français René Vautier (1928-2015). Date inconnue.

          qu'en Afrique de l'Ouest subsaharienne, au milieu des années 1960. Les pro-
         ducteurs étrangers d'Europe et des Etats-Unis utilisent toujours les paysages
         ruraux du Maghreb comme lieux de tournage et, bien que l'ancienne idéo-
         logie coloniale ne prévale plus, les œuvres produites sont toujours aussi peu
         adaptées aux réalités de la vie africaine. Un certain nombre de cinéastes
         marocains et tunisiens ont saisi l'occasion d'acquérir une certaine expérience
         en travaillant sur ces longs métrages étrangers, mais ils n'ont accès qu'à des
         rôles très subalternes (directeurs de production ou assistants réalisateurs).
         En tout cas, il s'agit d'une forme de production qui dépasse leurs aspirations,
         car l'ampleur des ressources financières derrière des productions interna-
         tionales telles que Lawrence d'Arabie ou Les Aventuriers de l'Arche perdue
         rend ce modèle de production non pertinent pour les producteurs africains
         autochtones.

                   La nature des industries africaines qui ont émergé en Égypte et
         en Afrique du Sud montre clairement comment la production cinématogra-
         phique est nécessairement façonnée à la fois par le développement industriel
         national global et par des facteurs idéologiques: les croyances islamiques
         sur la moralité, les responsabilités sociales et les relations entre les sexes,
         d'une part, et les affirmations et hypothèses de l'apartheid sur la race, d'autre
         part.  Les  deux  industries  cinématographiques  continuent,  avec  plus  ou
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