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éducation
qu’ils apparaissent à l’école sont tributaires de
l’organisation en classe, en année. C’est très
intéressant de voir, à cette période où tous les
murs de la classe sont tombés, la démultiplica-
tion des savoirs».
L’autonomie comme valeur préconisée en
temps de crise
L’autonomie est préconisée à bien des
égards: autonomie des élèves et autonomie
des équipes éducatives pour faire face à la
situation. En ces temps qui poussent l’école
à ne plus être celle que l’on connaissait, l’au-
tonomie règne en maître mot. Saisir l’oc-
casion de ce moment pour comprendre ce
que vit l’élève lorsque l’on s’imagine qu’il/
elle réalisera la tâche seul·e en parfaite auto-
nomie et lorsqu’on occulte la dimension so-
ciale et collective de l’école semble essentiel.
Appréhender les différentes dimensions et les
multiplicités de sens que peut revêtir cette va-
leur d’autonomie apparait indispensable dans
un contexte de pandémie qui pousse tout un
chacun à adopter des stratégies révélatrices
de bien des phénomènes: des familles pous-
sées à s’improviser enseignant·e·s, des appre-
nant·e·s à la fois enfants de la famille et élèves.
La forme scolaire à l’épreuve d’un
contexte inédit
Ces dernières années ont vu apparaitre
bien des expériences d’écoles «différentes»
ou «alternatives». Malgré ces nombreuses
initiatives institutionnelles et individuelles,
notre modèle scolaire dominant se caracté-
rise bien souvent par une école fermée sur
elle-même, cadenassée par des programmes
et des épreuves «normalisantes» (la nécessité
de «voir le programme» ou de «driller aux
évaluations») et entièrement disciplinarisée
(en termes de savoirs mais aussi de com-
portements des divers·e·s acteur·trice·s). Ce
modèle est au centre de bien des critiques
tant du point de vue des élèves, que des en-
seignant·e·s et des nombreux acteur·trice·s
qui gravitent sur ses contours. Aujourd’hui,
avec la fermeture des écoles, il semble que
tous les murs des institutions scolaires soient
tombés. Il n’y a plus de clôture scolaire: plus
d’école, plus de classes (ou seulement vir-
tuelles/partielles) ou des classes régies par
de nouvelles conditions sanitaires et péda-
gogiques. L’enseignement simultané tel que
nous le connaissons n’est plus possible. Il en
est de même pour la progressivité de l’ap-
prentissage et le contrôle continu du travail
des élèves. Elsa Roland précise que «En ces
temps de pandémie et de confinement puis de
déconfinement progressif, il serait peut-être per-
n° 155 | juin 2020 éduquer 39