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LIBÉREZ VOTRE CERVEAU !
                  en aurait été bouleversée à jamais et des années entières de thérapie
                  ne vous auraient probablement pas permis de vous en remettre.
                  Pourtant, je peux vous garantir que ce cauchemar, nous l’avons tous
                  déjà vécu, et pas seulement sur une journée, mais sur des milliers
                  de jours. Cette situation se nomme l’« éducation ».
                    L’école que nous appelons « traditionnelle » n’a rien de tradition‑
                  nel, elle est industrielle, c’est tout. Socrate, Platon, Confucius, Vinci
                  ou Victorin de Feltre n’enseignaient pas comme nous le faisons,
                  mais notre mémoire intergénérationnelle étant très courte – six
                  générations au grand maximum –, nous croyons que l’école des
                  tables en rang et du tableau noir est la plus traditionnelle qui soit.
                  Or elle n’a pas plus de dix générations, sur une humanité qui en
                  a couvert plus de huit mille et qui ne l’a pas attendue pour faire
                  circuler les savoirs.
                    Issue de la révolution industrielle, notre éducation est centrée sur
                  la pensée de l’usine, et sa vertu cardinale est la conformité. Pas la
                  créativité, pas le caractère, pas l’amour des savoirs, pas l’épanouis‑
                  sement. Non, la conformité avant toute chose.

                  La faillite de l’épanouissement

                    Pourquoi éduquons‑ nous ? Pour le bonheur intérieur brut, ou
                  pour le produit intérieur brut ? Nous connaissons tous la réponse
                  à cette question. L’école désirée est celle de l’épanouissement,
                  l’école imposée est celle de l’utilité économique. Et l’épanouisse‑
                  ment est supérieur à l’utilité économique. Tout humain épanoui est
                  économiquement utile, mais tout humain économiquement utile
                  n’est pas forcément épanoui. Nos sociétés sont, hélas, en faillite de
                    l’épanouissement, et cette faillite est d’autant plus banalisée que l’épa‑
                  nouissement n’a jamais été leur but. Parce qu’elles ont de béantes
                  lacunes en matière de sens et d’épanouissement, nos sociétés consi‑
                  dèrent comme normal, inévitable, voire sain sur le plan statistique
                  qu’il y ait autant de suicides pour dix mille habitants en leur sein.
                    Chaque décennie, plus de deux cent soixante‑ quinze mille per‑
                  sonnes mettent fin à leurs jours au Japon. Cela représente une ville
                  comme Strasbourg. En Chine, chaque décennie, deux millions huit
                  cent mille personnes se donnent volontairement la mort – l’équiva‑
                  lent d’une ville comme Paris. Je ne prétends pas que l’éducation est
                  seule responsable de ces drames, mais si Suicide Inc. était une société


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