Page 47 - Le grimoire de Catherine
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Ecoutons-les :

              « le roi blanc veut le  cheval noir
              le roi noir  veut le cheval blanc

              quant à la reine blanche, elle rit


              La belle tour  noire rêve d’ivoire

              La haute tour  blanche rêve d’ébène

              Quant à la reine  noire,  elle rit


              Et  nous les  petits fous tout   fous
              Blottissons-nous dans un faitout

              Quant aux deux reines, elles rient, c’est tout »


              Vous l’avez compris  une bataille  se prépare ! Si  on pouvait  nous écouter !  Si les
              deux  rois    voulaient  bien  quitter  leur  velléité  de  suprématie !    Tout  cela  pour  épater
              leurs reines ! Celles  -ci s’en moquent. Elles sont  bien trop occupées à astiquer leurs
              miroirs  afin  d’essayer  d’effacer    les  nouvelles  rides  que  le  temps  dessine
              malicieusement chaque jour sur leurs reflets.

               Ces rois sont comme les hommes  qui passent leur vie  à se prouver  qu’ils n’ont peur
              de rien, qu’ils sont indestructibles. Curieux cette vanité ! J’ai même entendu dire qu’ils
              étaient  de passage sur la planète. Nous, nous savons procurer du plaisir  ou nous faire
              oublier mais surtout nous feuilletons régulièrement le livre de l’imaginaire.  C’est peut –
              être cela la clé  du bonheur.

              Revenons sur l’échiquier,  l’heure est grave, le combat des chefs va commencer. J e
              tremble, je voudrai tant que ma tour garde  en son sommet  son  oiseau   de paradis,
              mon cheval   sa crinière  de soie et mon fou   son air  de gavroche.
              Comment nous en sortir ?Je pense que la seule façon serait que j’attrape une gomme,
              une    énorme  gomme,  alors  j’effacerai    tout  ce  qui  m’entoure.  Il    n’y  aurait  plus  de
              bataille  plus d’échiquier, mais cela  est  bien entendu le fruit de mon imagination. Je
              suis bien là  et ça va chauffer !

              Au secours,  au secours ! Je  bascule ! Je  dévale une pente, je passe  du blanc    au
              noir    je vais  atterrir dans le camp adverse. Me  voilà tout  tourneboulé. J’ouvre les
              yeux, enfin pour être honnête  j’ouvre l’œil gauche. Et voilà je comprends c’est la grosse
              boule de  poils roux qui a déclenché  ce cataclysme.

              Cela devait arriver. Infernal ce chat qui s’amuse à sauter par- dessus  nous au moindre
              rayon de soleil !  C’est là son jeu préféré. Cette fois, c’est  son ventre  dodu qui s’est
              écrasé contre  nous tous !





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