Page 43 - Le grimoire de Catherine
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Il  pouvait  s’agir  d’un  « objet  volé ».  Je  sais  qu’il  existe  des  guichets  pour  les  objets
              trouvés, mais n’en connais pas pour les objets volés !
              Toutefois je sais que vit dans les alentours une sacrée voleuse. Une pie ! Gourmande
              et bavarde ! Elle  a son repaire dans l’arbre le plus haut de notre forêt, justement  à la
              lisière de la clairière.
              Il lui arrive de se poser sur  le sentier, là où repose maintenant  mon bel oiseau d’or.
              Elle  en a fait son terrain de chasse, gare au moindre  campagnol, au  moindre insecte
              qui s’y promènerait. Tout est bon pour cette vorace.
              De plus elle ne respecte pas les bienséances établies entre nous, elle bavarde, tchek,
              tchek,  tchek,  on  ne  s’entend  plus,  notre    ami  le  rossignol,  qui  lui  connaît  bien  la
              musique, en est offusqué.
              Comme je l’ai  déjà dit  c’est une voleuse. Tout ce qui brille l’attire, elle n’a plus qu’une
              idée,  s’en  saisir  pour    enrichir  son  nid.  C’est  le  scarabée  doré  qui  lui  fait  cette
              réputation, cela est connu de  partout, jusqu’en Italie où Monsieur Rossini en a fait un
              célèbre opéra.
              On devrait la punir, en l’utilisant   pour habiller les laquais avec sa  queue de pie !
              Pourtant il me fallait absolument surmonter ce jugement négatif car « l’objet qui  gisait
              au  milieu  du  sentier,  parfaitement  insolite  dans    ce  cadre  bucolique »    était    bien
              scintillant d’or, il aurait bien pu avoir quelque intérêt pour elle.
              J’ai attendu qu’elle soit  bien rassasiée, n’étant qu’un tout petit animal et l’ai interpellée.
              Madame la curieuse était vite descendue me voir, espérant  recueillir quelques ragots à
              partager  avec ses  copines.
              Voyant mon petit ventre rond, ses yeux devinrent plus perçants, elle se mit  à sautiller
              autour de moi, dansant une pavane. La gorge serrée j’osai mes questions
              « N’aurai-tu pas, par hasard, dérobé un bel objet tout d’or vêtu ?
              L’aurai-tu abandonné dans la clairière ? Penses-tu venir le  chercher un soir de pleine
              lune ? »
              Madame la pie s’immobilisa, je voyais ma  dernière heure arrivée. Elle porta son aile
              droite sur son jabot trop gonflé et dit « Dommage, je n’ai plus faim ».
              Que d’aventures ! Je n’ai ménagé  ni mon énergie  ni mon imagination. Tout cela pour
              rien,  enfin  peut-être.  J’ai  appris    auprès  du  Dodo  que  l’orgueil  rend  sourd  face    aux
              préoccupations des plus petits que soi.  La colombe de la Paix toute à son utopie d’un
              monde sans conflit,  risque de se retrouver au musée des bonnes intentions si elle ne
              s’envole pas  distribuer ses mots bâtisseurs au travers de la planète.
              Le coq-girouette qui semble si heureux, hors d’atteinte de tout, vit sous la contrainte du
              vent. La  liberté apparente est toujours bordée   de limites. Quant à ma rencontre avec
              la Pie, elle consolide mon idée qu’il ne faut jamais faire confiance  à ce corvidé  si l’on
              veut sauver sa peau !
              Serein, j’allai m’allonger  à côté de « l’objet « gisant toujours au milieu  du sentier.
              Comme  je  commençais  à  m’endormir  après    ces    réflexions,  j’entendis  un  très  léger
              bruissement émanant du tapis de feuilles  qui servait d’écrin  à ce  faisan  d’or pour
              lequel j’avais pris tant de risques.
              L’oiseau,  devant  moi,    déploya  ses  ailes  immenses,  des  ailes  d’albatros,  des  ailes
              capables de traverser  des mers. Il les agita dans l’air, deux éventails de poudre d’or.
              Puis  il  souleva  son  corps  puissant  et  tourna  la  tête  vers  moi,  je  reçus  son  regard
              céleste.
              « Bonjour, petit Rouquin, je vois que tu es un petit curieux, que l’insolite  ne te fait pas
              peur.
              Je vais te dire qui je suis, ce que je fais ici et ai appris grâce, à toi.




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