Page 41 - Le grimoire de Catherine
P. 41
fameux « objet » gisant au milieu de mon sentier parfaitement insolite dans ce cadre
bucolique.
Dialoguer avec un inconnu n’est pas un frein pour moi car, nous les écureuils, comme
beaucoup d’animaux de la forêt, parlons le sabir sylvestre. Peut-être ne connaissez-
vous pas ses caractéristiques, aussi vais-je m’arrêter un instant sur sa définition.
Vous allez en comprendre plus facilement son utilité dans mon enquête. Il s’agit d’une
langue rassemblant tous les roucoulements, pépiements et chants des êtres vivant
loin des hommes. Ses mots bariolés, ses verbes carillonneurs, tissent, entre nous, de
superbes guirlandes linguistiques.
Je profitai du retard légendaire du Lapin blanc d’Alice pour me glisser dans son terrier,
incognito. Ma petite taille me permis ce voyage, sans avatar, ne m’obligeant pas à
avaler le breuvage qui fait rapetisser tous les visiteurs qui osent s’engager dans cette
célèbre chatière.
Le Dodo, très curieux, s’avança à ma rencontre plein de superbe! On aurait dit un gros
dindon déguisé en perruche. Il se dandinait devant moi, pauvre petit écureuil encore
tout étourdi par ma descente dans ce monde inconnu. Je sentis qu’il fallait le flatter si je
voulais trouver la clé de l’énigme qui se posait à moi depuis que j’avais découvert
« l’objet ».
Je lui dis qu’il devait avoir bel appétit pour posséder un tel plumage, qu’il ressemblait
même, dans les rayons du soleil, à un oiseau de paradis ! Je gagnai ainsi sa confiance.
J’ajoutai connaître des endroits regorgeant de fruits, de feuilles et de graines. Il voulut
en savoir plus sur ce lieu paradisiaque et nous déclara amis.
J’en profitai pour le questionner »Connais- tu un faisan d’or, magnifique, éclatant de
lumière ? » Je n’ai dû ma survie qu’à ma rapidité légendaire, le gros volatile furieux de
n’être pas le plus beau se transforma en monstre cramoisi. Il gratta le sol, tendit son
bec gourmand. Je n’eus plus qu’à déguerpir. Vite à mon arbre !
Remis de cette émotion, je décidai de poursuivre ma recherche. J’avais entendu
raconter qu’un grand génie espagnol, avait peint à Paris une colombe, symbolisant la
Paix dans le monde. Un tel oiseau ne pouvait être belliqueux !
Le rencontrer ne pouvait être qu’une opportunité. Notre grand-mère finit par être, elle
aussi, intriguée par la nature de « l’objet ». Elle consulta son vieux recueil en
parchemin et m’indiqua que cette colombe nichait chez un certain Monsieur Picasso,
peintre à Paris, je décidai de m’y rendre.
Muni d’une bonne réserve de noisettes, bien calées dans chaque joue et d’une flûte en
roseau. Je m’élançai d’arbres en arbres. Identifier ce fameux faisan d’or en valait la
peine !
Dans Paris nimbée de camaïeux gris, que de surprises m’attendaient ! Ses bateaux se
nommaient bateau-mouches sans que j’y identifie le moindre insecte de cette catégorie.
Ses enfants y chantaient des comptines inquiétantes, menaçant d’attraper les petites
souris qui sont vertes par ici, paraît il, par la queue !
Quelle horreur, je n’aimerais que l’on s’avise de toucher à la mienne. Pire, j’appris que
la Grande Roue installée sur la grande avenue ressemblait beaucoup à une cage à
écureuils !
Hop, une petite noisette, il fallait persister. Au fond d’une ruelle habitée par de
nombreux chats, j’en avais reconnu l’odeur ammoniaquée, une fenêtre s éclaira. C’était
celle de l’atelier de Monsieur Picasso. Je sautai sur son rebord, tapota à la vitre et
soufflai dans ma flûte en roseau. Turlutu … Miracle ! Les battants s’ouvrirent et
apparut celle que j’attendais, que j’espérais, cette colombe, ce bel oiseau de Paix,
majestueux, dans son habit immaculé.
37