Page 45 - Le grimoire de Catherine
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HISTOIRE EN NOIR ET BLANC
Je suis tout petit, un pion qui vit sur un grand échiquier dans un pays de glaces et
de toundras. J e suis né il y a très longtemps dans la forêt d’un pays qui n’a jamais
été dessiné même par le géographe le plus maboule de la terre.
Je suis bien triste car je n’entends plus les chants des oiseaux qui ont résonné dans
mes oreilles enfantines. Quand tout le monde dort, j’écoute … mais je n’entends que le
mugissement du vent qui ébouriffe les grands loups aux yeux de platine.
De plus, je ne peux pas regarder par la fenêtre, il y a toujours un plus grand devant
moi qui me cache les grandes étendues neigeuses, pas question d’envisager une
escapade en traîneau pendant la nuit, qui ici, s’éternise.
Je suis petit mais je ne suis pas difforme. J’ai une petite tête bien ronde, une tête à
capuchon de lutin ! J’ai aussi un ventre qui rappelle que je suis encore un enfant.
Je ne suis pas seul, j’ai toute une rangée de frères et sœurs. Enfin c’est ce que je dis
pour que vous me compreniez mieux car sur le grand échiquier il n’y a pas de
différence de sexe. Cela évite la guerre qui existe dans beaucoup d’espèces. Tout le
monde, ici n’est pas asexué, je vous en reparlerai plus tard !
Nous sommes tous nés de la main du même sculpteur, qui nous a libérés du grand
arbre et avec sa gouge il, il nous fait naître dans son atelier enchanté. Hum ! Je me
souviens des galipettes dans les nids de copeaux aux odeurs enivrantes. Que de
parties de cache - cache dans ce lieu protégé du regard des curieux ! Et puis qu’il
chantait bien, qu’il sifflait bien !
Aussi vous comprendrez comme j e m’ennuie maintenant moi qui rêve d’un autre
monde d’un monde de poésie, il parait que cela existe c’est un enfant qui me l’a glissé
à l’oreille. Les enfants détiennent la clé de tant de secrets, il faut toujours leur faire
confiance !
Tiens du bruit ! C’est peut-être une levée d’oiseaux dans les roseaux à l’approche
d’une rencontre d’amoureux. Non, ce sont les pas de mes deux amis les chevaux,
des lipitzans. Ils n’ont jamais de cavalier sur le dos car ils ne supporteraient que la
complicité d’un zingaro et un bohémien italien c’est ici inimaginable dans notre
monde bicolore.
Je connais bien leur rêve, devenir zèbres, cela annulerait bien des discussions sans
fin dont nous sommes les victimes . Pour le moment, ils viennent se ranger à l’ombre
de la tour.
Quelle hautaine celle-là, la porteuse de mystères qui échange des œillades avec sa
sœur jumelle au-dessus de nos têtes . Elle doit en voir des rubans d’eau qui
dévalent vers la mer, des montagnes à cabrioles, des terriers pour des tas de petits
pions.
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