Page 42 - Le grimoire de Catherine
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« Je suis Paloma et suis ravie d’accueillir en ta personne un représentant de la
clairière. J’ai un message à te transmettre. Sais-tu pourquoi vous passez votre temps à
vous chamailler, à vous battre, à chasser les autres de votre territoire, allant parfois
même jusqu’à perdre fourrures et plumes ?
Ces conflits viennent de l’ignorance des richesses que chacun porte en soi. Ceci est
la racine de votre souffrance. Eveillez-vous ! Vos problèmes se transformeront en
bonheur et vous vivrez enfin en paix »
Je n’avais jamais entendu de tels propos mais, obstiné, j’avançais ma question.
« Vous qui connaissez tant de choses, savez-vous ce que vient faire un faisan d’or
dans notre clairière ? »
Paloma sembla déçue par ma préoccupation. Elle tourna le dos, je compris que je
devais partir. J’avais les pattes pleines de peinture et pas de réponse à mon énigme.
L’hiver s’installait, la nature s’apprêtait à fêter les saturnales,« l’objet gisait au milieu du
sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique.. » et moi je me grattais la tête
afin de trouver une nouvelle idée.
Quand, tout à coup, j’entendis, étouffées par l’ouate de la brume, les notes de la cloche
du village proche de la clairière. Je me souvins que sur le toit de la petite église
logeait un coq, crête au vent, queue en oriflamme, digne dans toutes les situations
météorologiques. Il s’agit d’un coq savant capable de faire avancer mon enquête.
Sa position dominante lui permet de connaître la géographie, les petits chemins des
alentours, les cours d’eau où l’on peut se désaltérer, les monticules pouvant servir de
refuge. Il est également féru en petites et en grandes histoires, écoutant depuis
toujours, cris et chuchotements.
Expert en astronomie, il est également capable, chaque jour, de nous renseigner sur le
temps qu’il fera. C’est un animal qui côtoie le mystère !
Malgré le sol gelé, je repartis à nouveau, gonflé d’un nouvel espoir, escaladant
prudemment branches, buissons et barrières. Il me fallu être vigilant, des dangers me
guettaient. Le renard affamé était à l’affût, prêt à bondir sur tout ce qui bouge.
Les corbeaux, tels de grands ciseaux noirs, planaient à la recherche du moindre gibier.
N’oubliez pas que je suis un petit écureuil roux, je ne passe pas inaperçu dans ce
champ devenu terrain de chasse pour tous.
Essoufflé, j’arrivais avant la nuit au pied de l’église. Je ne devrais pas trop déranger
mon coq à cette heure, peut-être s’ennuyait- il un peu, ne pouvant plus surveiller les
allées et venues des uns et des autres camouflés par le brouillard.
La cloche, très respectueuse de l’heure, ne risquait pas de nous interrompre
maintenant. J’entrepris donc l’escalade le long du vieux mur aux pierres caressées par
le temps.
Au sommet du clocher, je fus impressionné par la prestance de ce volatile zingué.
J’allais, c’était évident, obtenir de lui tous les renseignements pour identifier « l’objet ».
Il m’écouta attentivement. Se sachant porteur d’espoir pour beaucoup il me demanda
comment m’aider.
Je lui décrivis minutieusement le faisan d’or, la clairière proche du fameux sentier et
j’attendis, j’attendis son diagnostic…grand silence !
Il ouvrit enfin son bec : « Désolé, ton oiseau se trouve dans mon dos, je ne peux le
voir, je suis une girouette, je fais mon travail. Je ne peux trahir le vent. Reviens plus
tard. Au revoir petite boule de poils. »
Je jouai décidément de malchance, ma stratégie laissait à désirer. Au lieu de chercher
vainement la nature de »l’objet » j’aurai dû peut-être réfléchir à ce q u’il fait dans la
clairière. Y était-il venu de ses propres ailes ? Y avait t-il été déposé à l’abri du regard
des curieux ? Peut-être était-il porteur d’un message ?
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