Page 46 - Le grimoire de Catherine
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Elle   ne dit rien, porte  haut, il ne lui manque qu’une collerette pour ressembler à une
              autruche de parade. Je dois dire que  la vie  des tours  n’est pas toujours de tout repos
              car comme tout le monde le sait, une tour c’est  prévu pour  monter la garde, allons
              soyons fair-play avec elle.
              Heureusement     que nous ne sommes pas seuls sur cette  grande étendue de carrés
              noirs  et  blancs,  si  monotone.  Nous  avons      des    complices,    des  farfadets  malins
              comme des singes, deux  fous.

              Ils  se faufilent partout, apparaissent  là où ils  ne sont pas  attendus, entrent par  une
              case, glissent  dans une autre. Ils distribuent  les vérités  à chacun, récompensent  celui
              qui a bien réfléchi, rosse  celui qui a le nez dans les nuages. De sacrés impertinents
              ces deux  -là, ils avancent masqués, incorruptibles et implacables. Toute  cour  royale
              ou autre a toujours besoin de vérité  nommée folie pour être mieux acceptée. Gare  à
              celui ou à celle qui n’écoute pas  plus petit  que soi, j’ai lu cela un soir dans  le grand
              livre d’histoire resté  ouvert tout près de nous.

              Maintenant, soyez, attentif, lavez-vous les mains, redressez  votre bonnet,  je vais  vous
              présenter à  notre reine. Je  ne sais pas qui elle est véritablement. J e présume  qu’elle
              peut être  soit la reine de trèfle soit la reine de pique, celles  de carreau  et de cœur
              règnent  dans un pays tout rouge et n’oubliez pas que nous sommes dans le noir et
              blanc.

              Si  elle    est  née    au  pays  des  trèfles  elle  doit    bien  avoir  un  signe  qu’elle    n’a  pu
              dissimuler. Je  sais  qu’elle  ne vient pas  du pays des Merveilles  d’Alice. Son animal
              préféré  n’est pas le fameux lapin blanc  mais un superbe cygne né dans un des étangs
              romantiques de la brumeuse Bavière.
              Regardez ce sourire, un  vrai  bonheur !  Elle pourrait   être  originaire  du pays « Porte-
              bonheur » où le trèfle à quatre feuilles prospère.

              J’ai  encore un doute, et si c’était plutôt la reine de carreaux ?  Il faut  dire  que nous
              vivons sur  un damier et notre environnement  quotidien a  toujours un impact sur notre
              façon  d’analyser  les  situations.  C’est  ce  que    disent  les    sociologues  dans  les  livres
              abandonnés  auprès de moi .

               En conclusion, peu importe  qui elle est, je sais  que  nous devons tous et toutes l’aider
              à défendre le roi, que c’est une sacrée femme, qu’elle est de toutes les batailles, de
              toutes les stratégies de toutes les victoires.

              J’ai  maintenant confiance  en vous, vous allez  pouvoir découvrir  notre  roi. Je pense
              qu’il n’est pas du même bois que  nous,  il viendrait bien du bois de rose.  Il est notre
              unique raison d’exister. Je sais qu’il est précieux et que  sans lui  nous pourrions finir
              en allumettes. Cette prise   de conscience de notre part explique  notre  dévouement
              inconditionnel à sa cause  !

               Il est l’objet de toutes les attentions. On ne parle que de lui, pas question d’envisager
              pour lui un échec ! Nous devons taire nos querelles  pour  qu’il gagne  tous les jeux!
              Attention,  j’aperçois  nos  deux  fous,  ils    reviennent  d’une  opération  d’espionnage  de
              l’autre côté de l’échiquier. Nous  sommes tous très inquiets, nos majestés  chuchotent
              beaucoup  en ce moment et cela ne  nous dit  rien qui vaille pour l’avenir !


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