Page 123 - Les Kamasutra
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CHAPITRE IV
DES DEVOIRS D’UNE ENTREMETTEUSE
Si une femme a manifesté son amour ou son désir par des signes
ou des mouvements de son corps, et qu’ensuite elle ne se laisse plus
loir que rarement ou pas du tout, ou s’il s’agit d’une femme
rencontrée pour la première fois, l’homme doit employer une
entremetteuse pour s’approcher d’elle.
Or l’entremetteuse, après s’être insinuée dans la confiance de la
femme en agissant suivant ses dispositions, essaiera de lui faire haïr
ou mépriser son mari en tenant avec elle d’artificieuses conversations
en lui parlant de médecines pour avoir des enfants, en lui racontant
les contes de diverses sortes sur les voisins, des histoires sur les
femmes des autres, et en célébrant sa beauté, sa sagesse, sa
générosité, son bon naturel. Elle lui dira : “C’est en vérité bien
dommage que vous, une femme si excellente sous tous les rapports,
soyez sous la domination d’un tel mari. Belle dame, il n’est pas fait
même pour vous servir.” L’entremetteuse parlera ensuite à la femme
de la faible passion de son mari, de sa jalousie, de sa coquinerie, de
son ingratitude, de son aversion pour les plaisirs, de sa sottise, de sa
mesquinerie, et de tous les autres défauts qu’il peut avoir et qu’elle
pourra bien connaître. Elle insistera particulièrement sur tel défaut ou
imperfection qui lui paraîtra devoir être plus sensible à la femme.
Si l’épouse est une femme-biche, et le mari un homme-lièvre, il
n’y a rien à dire ; mais s’il était un homme-lièvre, et elle une femme-
jument ou une femme-éléphant, alors elle lui ferait sentir la
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