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OUI, IL fAUT TOUT ChANgER à NOTRE ÉCOLE !
inscrit dans son cahier des charges qu’elle doit décevoir des usagers
et, par principe, décevoir l’Homme plutôt que l’Usine qui est son
client final. Pour changer l’école, il suffirait d’admettre que c’est
l’Humain, le client, pas le Système. Nelson Mandela a eu mille fois
raison de clamer : « Si vous voulez changer le monde, changez
l’éducation ! » Et cela ne pourra se faire individuellement.
Hackschooling :
la nouvelle école buissonnière ?
L’humain est né conforme, mais conforme à l’humanité. Or l’hu‑
manité n’est pas une création humaine, au contraire de la confor‑
mité scolaire, économique ou politique. Mettre une création non
humaine, que nous ne maîtrisons pas, à la norme, à la forme d’une
chose humaine, que nous maîtrisons mais qui est infiniment plus
rudimentaire, c’est un acte perdant en soi. Nous l’avons vu le siècle
dernier, en demandant à la nature de produire comme nos usines,
alors que c’est à nos usines de produire comme la nature.
La soumission de l’humanité à la conformité, forcée de surcroît,
me rappelle la fable soufie de l’aigle et de la vieille femme : un aigle
épuisé tombe aux pieds d’une vieille femme, qui n’a jamais vu que
des pigeons, au point que les pigeons sont les seuls oiseaux qui
lui soient familiers. Pleine de pitié, elle recueille l’aigle et lui dit :
« Tu n’as vraiment pas l’air d’un oiseau. » Elle lui ampute alors une
partie du bec, lui taille les serres et lui arrondit les ailes, avant de
le laisser prendre un envol bringuebalant : « Va, maintenant, tu as
vraiment l’air d’un oiseau. »
Les bonnes intentions ne suffisent pas quand il s’agit de sculpter
le cerveau, seule la sagesse importe. Le pseudo‑ pigeon de la fable,
qui n’assume pas d’être un aigle et ne sera jamais un pigeon malgré
toutes ses souffrances, c’est une production bien trop fréquente de
nos systèmes éducatifs.
L’humanité est supérieure à la conformité, et la conformité, qui
est une création non humaine, ne peut s’appliquer qu’aux autres
créations non humaines, pas à l’homme lui‑ même. L’homme libéré,
c’est l’aigle du conte, qui a été élevé parmi les pigeons mais s’est
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