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LIBÉREZ VOTRE CERVEAU !
                  elle, a retenu trente et une photographies serrées, cadrant chacune
                  le pelage d’un dalmatien, et a pu ensuite les associer au chien en
                  question. Il est intéressant de noter que Julie parle le coréen. Or
                  pour quelqu’un qui ne maîtrise pas cette langue, les caractères
                  seront difficilement discernables, et plus encore, d’ailleurs, dans le
                  cas du chinois. Eh bien si un Chinois adulte peut retenir plus de
                  cinquante mille caractères, qui sont tout aussi difficilement discer‑
                  nables à un Européen que les taches cadrées d’un dalmatien, bien
                  sûr que cette épreuve des trente et un dalmatiens est réalisable,
                  pour peu que l’on perçoive les taches des dalmatiens comme les
                  signes d’une langue.
                    L’idée, ici, c’est de se créer un pseudo‑ langage dont chaque tache
                  serait une lettre, un mot ou un caractère, qui se trouverait mis en
                  relief sur la robe du chien, comme si ce dernier portait un dossard.
                    Bien sûr, pour la grande mémorisation, rien de tel que les « arts
                  de mémoire », dont l’humaniste Giordano Bruno faisait un usage
                  abondant et efficace. L’une des méthodes sous‑ jacentes, c’est la
                  spatialisation de contenus, une technique permettant de retenir
                  des livres entiers, et pratiquée aussi bien par les acteurs de théâtre
                  (associée à la mémoire émotionnelle et à la cantillation du texte)
                  que par Cicéron en son époque, quand il apprenait une plaidoirie,
                  ou par les anachorètes de l’Antiquité, qui retenaient la Torah, la
                  Bible ou le Coran par cœur. Cette méthode dite des « palais de
                  la mémoire » est désormais utilisée par tous les athlètes de la mémo‑
                  risation, et on lui doit sans doute l’expression « en premier lieu…
                  en deuxième lieu », ou comment situer les éléments d’un discours
                  dans le palais mental. Puisque la transmission de la mémoire a
                  été orale durant la plus grande partie de l’existence humaine, les
                  anciens devaient avoir acquis certaines connaissances en neuroer‑
                  gonomie de la mémorisation.
                    L’épreuve que réalisa Nelson Dellis dans la version française de
                  l’émission  consistait à retenir dix codes alphanumériques (comme
                            1
                  le 24B1551A1375 que nous avons vu plus haut). À l’écran, il fit
                  quelques erreurs minimes et facilement explicables : la règle de
                  l’émission voulait que les invités proposent les codes eux‑ mêmes.
                  Pour la plaisanterie, ils lui donnèrent d’abord des codes trop simples


                    1.  Binational, il a aussi concouru aux États‑ Unis.

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