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LIBÉREZ VOTRE CERVEAU !
                  Il y a en chacun de nous un Mozart ou un Nikola Tesla, et l’expé‑
                  rience ne consiste pas tant à acquérir l’excellence de ces génies qu’à
                  la déverrouiller dans nos cerveaux. Même si cela semble contre‑
                  intuitif, c’est précisément ce qu’illustre le rarissime syndrome du
                  savant acquis, dans lequel des personnes, à la suite d’une lésion, se
                  découvrent d’époustouflantes compétences mentales et pratiques,
                  comme de jouer d’un instrument sans l’avoir jamais pratiqué, ou
                  de visualiser des intrications de courbes mathématiques avec une
                  facilité déconcertante. Tout se passe comme si notre cerveau était
                  verrouillé de l’intérieur, bridé dans ses capacités extraordinaires, et
                  que nous pouvions le débrider. Là, en effet, nous le sous‑ employons.


                    Quelques cas du syndrome du savant acquis : Anthony Cicoria,
                  chirurgien orthopédique, fut frappé par la foudre en 1994, dans
                  une cabine téléphonique, et ranimé par une femme, infirmière, qui
                  attendait que la cabine se libère. Après son trauma, il se découvrit
                  une fascination pour le piano, qu’il apprit seul, jusqu’à pouvoir
                  mettre en forme des mélodies qui s’étaient mises à le hanter, dont
                  l’appropriée Sonate de l’éclair. Tommy McHugh, survivant de deux
                  ruptures d’anévrisme, fut pris d’un désir irrépressible d’écrire et
                  de peindre, pratiques délibérées auxquelles il se livra autour de
                  dix‑ huit heures par jour, tous les jours, des suites de ses accidents
                  vasculaires cérébraux. Orlando Serrell, blessé à la gauche de la tête
                  durant une partie de base‑ ball, se révéla soudain capable de don‑
                  ner le jour exact de n’importe quelle date du calendrier dans les
                  cent dernières années, alors que le traumatisme ne lui avait laissé
                  pour séquelle apparente qu’un mal de tête de quelques jours. Pour
                  décrire ce prodige, il disait que « les réponses apparaissent directe‑
                  ment devant lui ». Le neurologue Bruce Miller fait mention dans
                  ses travaux de cas similaires, où des patients assez âgés, atteints
                  d’une démence fronto‑ temporale, voient apparaître chez eux des
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                  capacités artistiques manifestes .
                    La théorie de Snyder quant aux savants acquis est d’une grande
                  limpidité :



                    1.  Miller, B.  L., Cummings, J., Mishkin, F., Boone, K., Prince, F., Ponton, M. et
                  Cotman, C., « Emergence of artistic talent in frontotemporal dementia »,  Neurology
                  (1998) 51, 978‑982.

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